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Aérobic

L’émission d’aérobic Gym Tonic illustre l’avènement d’une nouvelle politique du corps fémininPochette du vinyl Gym Tonic, 1982, photo prise par Céline Borello le 26/10/2019.

L’émission d’aérobic Gym Tonic illustre l’avènement d’une nouvelle politique du corps féminin.

 

Nul n'ignore les images issues du programme Gym tonic. Au début des années 1980, celles-ci étaient révolutionnaires à plus d'un titre : sur le plan médiatique comme sur celui de l’image des femmes. Si depuis le XIXe siècle, les magazines féminins reconfigurent régulièrement les normes corporelles féminines (souvent en lien avec la mode vestimentaire), les mass médias du XXe siècle vont transformer ce processus.

Au début du XXe siècle, l’idée que la femme puisse correspondre à l’idéal féminin en pratiquant un sport se diffuse. La presse spécialisée s’empare de cette idée et propage ainsi une nouvelle image de la femme. C’est ainsi que des cours de culture physique leur sont proposés sous forme d’articles ou d’ouvrages illustrés par des professeurs reconnus tel qu’Edmond Desbonnet ou encore Georges Hébert, tous les deux adeptes des gymnastiques naturelles. La radio prend ensuite part à la diffusion de la culture physique à partir des années 1950, grâce notamment à Robert Raynaud et à son émission Réveil musculaire, diffusée sur Paris Inter. 

Petit à petit, la culture physique intègre la vie quotidienne des familles en tant que loisir. Les femmes restent toutefois minoritaires dans la pratique des sports et ce jusqu’à la fin des années 1960, moment où le médecin américain Kenneth H. Cooper propulse l’aérobic. Le terme, dérivé du terme aérobie, est défini dans l’ouvrage de Cooper, intitulé The New Aerobics for Women, en relation aux exercices d’endurance qui nécessitent une augmentation de la quantité d’oxygène pendant de longues périodes. Or les promoteurs de cette nouvelle pratique sont pour la majorité des femmes, telles que Jane Fonda aux États-Unis, qui en tant qu’actrice propose des cours d’aérobic. 

En France, le mouvement prend corps par le biais d’une émission intitulée Gym Tonic programmée sur Antenne 2, du 19 septembre 1982 au 29 juin 1986. La productrice de l’émission est Pascale Breugnot, qui promeut Véronique De Villèle et Davina Delor comme présentatrices et par conséquent, représentantes de l’aérobic en France. Sous le son de rythmes soutenus et dynamiques, les présentatrices jouent le rôle de professeures, les figurant(e)s celui d’élèves. L’émission se déroule en quatre temps, l’échauffement, les exercices, le jogging et la relaxation, toujours avec pour philosophie de transpirer avec le sourire. Gym Tonic devient très populaire en 1983 et 1984, ce qui permet de diversifier les thèmes et les lieux de tournages. 

La pratique et l’émission peuvent être considérées comme des objets politiques à plus d’un titre. D’abord parce qu’elles jouent un rôle émancipateur pour les femmes et on peut considérer que l’avènement de Gym Tonic est un des moments révélateurs du surgissement des femmes dans les médias de masse, mais aussi de réappropriation par les femmes du corps féminin. Ensuite parce que ces émissions ont suscité des controverses. Plusieurs sportifs professionnels issus de fédérations sportives officielles critiquent ce nouveau phénomène considéré comme risqué, non adapté à l’ensemble de la population, et proposé par des personnes non qualifiées pour donner des cours. Une partie de la société rejoint les critiques de ces détracteurs au titre de la difficulté réelle de pratiquer un sport pourtant pensé comme « accessible à tous ». L’émission prend en fait place dans une nouvelle politique publique destinée à développer l’activité physique.  A la fin des années 1970 l’Etat met en garde contre l’inactivité physique qui participerait à la survenue de maladies : obésité, dépression, maladies cardiaques. Les émissions d’aérobic s’inscrivent donc dans le contexte plus général de multiplication des journées ou des semaines de la santé. Enfin parce que le média télévisé permet de conférer à chacun un rôle dans le maintien de son état de santé, en dehors de l’intervention médicale. Les mass médias ont donc joué un rôle majeur dans la diffusion d’une nouvelle thérapie à distance recourant, on pourrait le dire, à une forme d’auto-soin. 

Après avoir connu un succès énorme, l’aérobic populaire connaît un ralentissement brutal en France, lorsque l’émission Gym Tonic s’arrête en 1986. Peut-être parce que la décennie 1990 commence à privilégier le calme et la méditation dans les pratiques de bonne santé. On note cependant que depuis les années 2000, l’aérobic renaît sous une nouvelle appellation, le fitness, en privilégiant de nouveaux formats, celui des cours collectifs et celui des cours individuels par le biais de chaînes Youtube, comme les vidéos de Tibo InShape.

Corinne AIRIEAU - Le Mans Université

Références :

Corinne Airieau, Gym Tonic : Étude d’une société contemporaine au travers d’une émission télévisuelle de 1970 à 1986, Mémoire dirigé par Hervé Guillemain, Céline Borello, Le Mans Université, 2019

Pierre Arnaud, Thierry Terret, Histoire du sport féminin, Tome 1, Le sport au féminin : histoire et identité, Paris, L’Harmattan, 1996.

 

Pour citer cet article : Corinne AIRIEAU, "Aérobic", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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