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Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Badoit

L'eau minérale Badoit est l'une des premières eaux à avoir été mise en bouteille et a fait l'objet de polémiques et de conflits.Publicité pour l'eau de Badoit, 1937.L'eau minérale Badoit est l'une des premières eaux à avoir été mise en bouteille et a fait l'objet de polémiques et de conflits.

 

   Saint-Galmier est une commune située dans le département de la Loire, au pied des Monts du Lyonnais et en bordure de la plaine du Forez, à une altitude de 370 m. Ses sources sont exploitées depuis le XIXe siècle par l’entreprise Badoit. L’eau qui y est recueillie à travers les puits de forage est une eau gazeuse naturelle bicarbonatée calcique contenant du magnésium. Cette eau est l’une des premières à avoir été mises en bouteille, dès la première moitié du XIXe siècle.

 

   Au XIXe siècle, l’eau minérale, qui est considérée comme une « eau qui guérit » et à ce titre vendue en pharmacie, apparaît rapidement sur toutes les tables. Le projet voit le jour dès la fin du XVIIIe siècle, en lien avec le mouvement des Lumières de redécouverte de la nature et de ses vertus, considérant l’eau comme un moyen de stimuler la force vitale. Les sources sont alors étudiées par des acteurs publics ou privés, afin de les exploiter et d’assurer le développement des villages. Il s’agit d’écarter les baigneurs et les buveurs modestes des environs, au profit d’une clientèle plus aisée, bien que les sources soient dans l’obligation de rester gratuites. Après diverses études des médecins sur les propriétés curatives des eaux de Saint-Galmier, la commune et Auguste Saturnin Badoit, créateur de l’entreprise, commencent leurs activités en 1837.

 

   La société Badoit se développe rapidement grâce à l’activité d’embouteillage. Elle est transformée en 1894 en société anonyme sous le nom d’ « Etablissements Garnier – Source Badoit » et rachète ses concurrents ainsi que toutes les sources de la ville. La clientèle est tout d’abord plutôt locale, modeste et urbaine, puis s'élargit et se diversifie. Le développement économique de l’entreprise s’appuie sur une concentration verticale, grâce à sa propre production de verrerie. L’abondance des sources de Saint-Galmier, ainsi que des charges faibles, un marché favorable et un recours massif à la publicité permettent à Badoit de vendre à prix très bas et en grande quantité : 7 centimes la bouteille, dont la société retire 2,5 centimes de bénéfice. C’est l’eau minérale la moins chère, grâce à une installation mécanique permettant de réduire les frais au maximum. La production se développe et passe de 2 millions de bouteilles vendues vers 1850, à 20 millions en 1880. Ainsi, Badoit aide au développement économique de Saint-Galmier, grâce aux emplois créés et aux dividendes versés à la commune. Cependant, cette activité économique florissante crée également de nombreux conflits. 

 

   Il y a d’abord une concurrence importante avec les autres entrepreneurs qui souhaitent pouvoir utiliser les sources d’eau de la commune. En effet, le gisement est très restreint et tous les puits sont solidaires les uns des autres ; l’exploitation des sources doit donc être planifiée. Cependant, à Saint-Galmier, d’autres entrepreneurs tels que les consorts Forissier ont exécuté des travaux engendrant une situation critique sur les autres sources, et entraînant une baisse de rendement importante. Il y a également des conflits avec la commune concernant notamment le montant de la redevance. Il existe enfin des conflits avec les habitants car dans les années 1850, Badoit épuise chaque année la source communale, dont les locaux ne peuvent alors plus profiter. Des manifestations ont lieu en 1859 pour récupérer cette eau dont ils sont privés. Une convention est signée à la toute fin du XIXe siècle permettant aux habitants de la commune d’accéder à l’eau gratuitement. Ces conflits sont progressivement réglés avec l’arbitrage politique, à l’échelle de la commune, mais aussi via le préfet, et même jusqu’au niveau du Conseil d’Etat. Finalement, malgré les résistances des populations locales, Badoit obtient en 1895 la propriété des sources communales (en échange de 8% des dividendes de la société) et est déclarée d’utilité publique conformément à la loi de 1856.

 

Prolonger la lecture sur le dictionnaire : Végétarisme - Plombières-les-Bains- Dolé-les-Bains

Chloe Andagnotto - Le Mans Université

Références : 

Olivier Faure, Les français et leur médecine au XIXe siècle, Belin, 1993.

Charles Pomerol (dir.), Terroirs et thermalisme : les eaux minérales françaises, BRGM, 1992.

Pour citer cet article : Chloe Andagnotto, "Badoit" dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2021.

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