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Dolé-les-Bains

Le camp sanitaire de Dolé-les-Bains est un lieu militaire colonial situé en Guadeloupe qui s’est transformé en un lieu touristique et thermal.Les Bains de Dolé, 1895, Gallica. Le camp sanitaire de Dolé-les-Bains est un lieu militaire colonial situé en Guadeloupe qui s’est transformé en un lieu touristique et thermal.

 

  La Guadeloupe est connue dès 1674 pour ses différents sites thermaux mais c’est au XIXe siècle que ce territoire intéresse l’administration militaire. Dans les années 1800, Napoléon rétablit l’esclavage et des troupes armées sont envoyées en Guadeloupe. C’est à Matouba que les derniers résistants tombent en 1804 et c’est ce site qui est choisi en 1823 pour l’installation d’un hôpital militaire et d’une station de repos dirigée par l’Amiral Jean Jacob

 

   Au moment du choix de ce lieu, qui va être nommé Camp-Jacob, le destin de Dolé-les-Bains est scellé par l’administration civile et navale. Camp-Jacob et Dolé-les-Bains sont donc complémentaires : le premier est un camp militaire tandis que Dolé-les-Bains est un lieu thermal et sanitaire permanent choisi en 1829. Le choix de ces deux localités n’est pas un hasard. Il s’inscrit dans le sillage des découvertes scientifiques récentes. D’après les analyses effectuées, les eaux de Dolé sont des eaux salines liées à sa proximité avec l’océan tandis que celles de Camp-Jacob sont chargées de soufre, compte-tenu de la proximité du volcan de la Soufrière. 

  

   L’installation des militaires en Guadeloupe ne fut pas simple. La présence de nombreux moustiques dans les zones marécageuses de basse altitude occasionne de nombreuses maladies. Or pour le Conseil de santé, institution militaire, l’altitude pour une bonne acclimatation des européens devait être au minimum de 400 pieds et la situation idéale devait être éloignée des marécages. Afin de prévenir les maladies liées aux changements de climat, les règles du guide médical de Levacher sont appliquées en 1840. Chacune des deux stations développe un rôle propre : Camp-Jacob est le premier sanatorium d’altitude et a en charge l’accueil des premiers colons (la température moyenne est de 21,5° celsius, semblable à l’Europe) tandis que Dolé-les-Bains accueille les colons thermaux avec un objectif de soin sur le long terme. 

 

   Le site de Dolé-les-Bains est situé sur l’île de Basse-Terre, balayée par les vents et recouverte d’une végétation luxuriante. Le site qui présente des eaux réputées pour soigner les fièvres et les dysenteries accueille des militaires et des coloniaux, ce qui n’est pas sans avantages économiques pour l’administration puisque les frais occasionnés pour les militaires sont moindres qu’en métropole. Pour l’administration coloniale, Dolé est un lieu de cure gratuite qui permet d’envoyer les militaires de Camp-Jacob à Dolé sur l’avis d’un médecin. 

 

   Ces deux stations sont en fait des copies de stations françaises avec une même structuration des bains et des bâtiments, faisant référence à la plus connue en métropole, Vichy. Mais ces espaces sont devenus des zones dédiées aux personnes blanches qui constituent l’élite de l’île. La population locale, les Guadeloupéens de couleur noire, étaient absente des bassins. Touchés par les différentes maladies qui pouvaient pourtant être prises en charge dans ces lieux, ceux-ci n’étaient pas envoyés en cure. Le nombre de morts qui pouvait en résulter était occulté par l’administration française. 

 

   Au début du XXe siècle, en Guadeloupe, les lieux de cures thermales se multipliant pour les civils, il a fallu ouvrir Dolé au public. Des bâtiments pour les civils sont construits le long du campement militaire de Dolé. L’activité s’est spécialisée. On y soigne l’arthrite et la malaria. Elle est devenue l’unique station de luxe de l’île. En 1917 est ouvert par un médecin à la retraite le Grand Hôtel de Dolé. Cette ouverture au public local a également un objectif touristique. En effet, il existe une concurrence des stations thermales entre la métropole et les colonies. Vichy se voit concurrencée par les stations thermales de la Réunion comme Salazie ou de Madagascar comme Antsirabe. Aujourd’hui Dolé-les-Bains est reconnu pour ses différents bains mais également pour son eau minérale Capès Dolé. 

 

   Conçu comme une échappatoire pour les militaires et les colons vis-à-vis du climat considéré comme malsain de la Guadeloupe, le lieu s’est transformé au fil du temps en un espace sanitaire et touristique rivalisant avec les stations de la métropole.

Tom Guinoiseau - Le Mans Université

Références :

Éric Thomas Jennings, A la cure, les coloniaux ! Thermalisme, climatisme et colonisation française 1830-1962, Rennes, PUR, 2010.

Éric Thomas JENNINGS, “Thermalisme et climatisme en Guadeloupe”, Bulletin de la Société d'Histoire de la Guadeloupe, 2002 (133), p.3–35. 

Pour citer cet article : Tom Guinoiseau, "Dolé-les-Bains", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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