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Homéopathie

Comme le montre l’histoire de l’homéopathie, la décision de la Ministre de la Santé Agnès Buzyn de dérembourser les médicaments homéopathiques est bien une décision politique.Trousse homéopathique du début XIXe siècle, Institut für Geschichte der Medizin de Stuttgart.

Comme le montre l’histoire de l’homéopathie, la décision de la Ministre de la Santé Agnès Buzyn (2019) de dérembourser les médicaments homéopathiques est bien une décision politique.

 

   En apparence, la question de l’homéopathie relève du seul débat scientifique et technique accessible aux seuls spécialistes. Pourtant même si elle a été prise sur avis de la Haute autorité de santé, la décision de la Ministre de la Santé Agnès Buzyn (1962) de dérembourser les médicaments homéopathiques est bien une décision politique qui rompt avec la constante prudence ou bienveillance dont avaient fait preuve jusque-là tous les gouvernements précédents. 

 

   A la suite de la condamnation de l’homéopathie par l’Académie de médecine en 2004, le ministre de la santé d’alors, le cardiologue Philippe Douste-Blazy (1953), s’était empressé de ne rien faire face à une thérapeutique qui avait les faveurs de dix millions de Français. Sans qu’il en ait été conscient, il renouait avec l’attitude du ministre de l’Instruction publique entre 1832 et 1837, François Guizot (1787-1874) qui, au moment où l’homéopathie à peine installée et déjà condamnée par la même académie (1835), se garda bien de remettre en cause la loi de ventôse an XI (mars 1803) qui laissait toute liberté aux médecins diplômés d’user de la thérapeutique de leur choix. Il accorda même au fondateur de la « nouvelle médecine », Samuel Hahnemann (1755-1843), le droit, très chichement mesuré, aux médecins étrangers d’exercer en France. 

 

   On vit même dans l’entre-deux-guerres deux ministres de la Santé, le médecin conservateur alsacien Alfred Oberkirch (1876-1945) et le non moins conservateur Camille Blaisot (1881-1945), prendre fait et cause pour l’homéopathie et l’un d’entre eux vanter les « soins plus raffinés et plus persévérants » dont les homéopathes entouraient leurs malades. On ne s’étonne pas que, dans cette ambiance, certains médicaments homéopathiques aient été inscrits en 1938 dans la liste des produits remboursés par les ancêtres de la Sécurité sociale, les Assurances sociales (1930-1945). 

 

   L’après deuxième guerre mondiale montre bien que la bienveillance pour l’homéopathie gagna toute la classe politique. Sous des gouvernements de la troisième force comme celui du Radical Henri Queuille (1884-1970) en 1948 ou du plus à droite Joseph Laniel (1889-1975) en 1953, puis sous le ministère de Georges Pompidou (1911-1974) en 1965 et, enfin, sous le gouvernement de Pierre Mauroy (1928-2013) en 1983, ce sont progressivement presque tous les médicaments homéopathiques qui furent inscrits dans la pharmacopée officielle.

 

   Ce soutien de presque tous les gouvernements traduit la plasticité politique de l’homéopathie dans le public. Dès son apparition en France en 1831-1832, elle fut un constituant essentiel d’une nébuleuse progressiste dans laquelle se côtoyaient phrénologues, saint-simoniens, magnétiseurs, fouriéristes et homéopathes qui étaient souvent les mêmes, beaucoup d’homéopathes étant en même temps saint-simoniens. Médecin homéopathe de renom, Léon Simon (1798-1867) fut aussi l’un des principaux disciples du Père Enfantin (1796-1864) et l’ancêtre de Pierre Curie, Paul (1799-1853) appartint aussi aux deux mouvements.  Le Comte de Las Cases (1800-1854) fit mieux. Fils du mémorialiste de Sainte-Hélène, député de la Monarchie de Juillet, un temps proche du saint-simonisme, il fut à la fois l’un des principaux organisateurs du mouvement homéopathique, le président de la société de phrénologie, et s’adonnait volontiers au magnétisme. Pour ces membres de ces élites intellectuelles (médecins, polytechniciens, scientifiques amateurs), combat médical et lutte politique et sociale allaient de pair. Construire et imposer une nouvelle médecine, c’était contribuer à dessiner une société nouvelle à qui devait correspondre une médecine nouvelle. 

 

   Bien que née « à gauche », l’homéopathie attira aussi à ses débuts des intellectuels catholiques soucieux de réconcilier la science et la foi et de combattre le matérialisme croissant en médecine. C’est cette composante catholique et conservatrice qui devint dans l’entre-deux-guerres le milieu principal dans lequel l’homéopathie bénéficiait du plus de sympathie. Elle connut en effet un regain de faveur dans le cadre du développement d’une médecine globale de l’individu, dite médecine holistique largement prônée par des médecins catholiques militants. Depuis les années 1960, cette exigence d’une médecine de l’individu a glissé vers les gauches « alternatives ». Le politique est bien essentiel dans l’analyse de l’homéopathie.

 

Prolonger la lecture sur le dictionnaire : Naturisme- Yoga- Officiers de santé-

Olivier Faure - Université de Lyon III - Lahra

Références :

Olivier Faure, Et Samuel Hahnemann inventa l’homéopathie : la longue histoire d’une médecine alternative, Paris, Aubier, 2015. 

Olivier Faure, « L’homéopathie entre contestation et intégration », Archives de la recherche en sciences sociales, 2002, p. 88-96.

Pour citer cet article : Olivier Faure, "Homéopathie", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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