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Ophtalmologie

L’ophtalmologie se constitue au cours du XIXe siècle en opposition à une médecine académique méfiante envers la spécialisation médicale.Légende : The ophthalmoscope in use. Ophthalmoscope designed by Gillet de Grandmont - cf. Annales d'oculiste. P. XLVII, p.290. Shows oil lamp etc., of the period. Credit: Wellcome Collection. CC BY

L’ophtalmologie se constitue au cours du XIXe siècle en opposition à une médecine académique méfiante envers la spécialisation médicale.

 

   L’ophtalmologiste est le professionnel auquel on s’adresse en premier si l’on a des problèmes de vue, mais cela est relativement récent et constitue l’aboutissement d’un mouvement progressif débutant au XIXe siècle et s’achevant vers les années 1950.

 

   L’ophtalmologie est une discipline médicochirurgicale qui se consacre à l'étude de la structure anatomique et du fonctionnement du système visuel ainsi qu’à ses pathologies. Exercée par les médecins ophtalmologistes, cette spécialité médicale constitue le cadre de référence de plusieurs professions paramédicales, tels que l’orthoptiste ou l’opticien. Les formations à ces différents métiers sont structurées aujourd’hui selon des parcours reconnus par l’État et réglementées au niveau national par des examens et la délivrance d’attestations.

 

   C’est dans les années 1800 que l’ophtalmologie se formalise comme une spécialité médicale à part entière. Depuis l’antiquité, l’œil et ses affections ont bien sûr fait partie des objets d’étude de la médecine savante. Plusieurs chapitres du corpus hippocratique sont par exemple consacrés aux organes de la vue. La vision constitue également une section importante de la médecine arabe : de nombreux traités sur les yeux et leurs affections sont écrits pendant la Renaissance et l’époque moderne. Dans cette littérature, l’œil est toujours appréhendé en corrélation avec le corps humain dans son ensemble, et ses affections sont considérées en rapport avec les humeurs du reste du corps. La thérapeutique envisagée est logiquement faite essentiellement de purgatifs ou saignées visant à drainer les humeurs corrompues. 

 

   La chirurgie étant jusqu’à la fin de l’époque moderne séparée de la médecine, les opérations – telles que celle de la cataracte – sont pratiquées par les barbiers-chirurgiens. Ceux qui se spécialisent dans la chirurgie oculaire sont appelés « oculistes » ou « accoucheurs de la cataracte », du procédé opératoire employé jusqu’au XIXe siècle, consistant à enfoncer (« accoucher ») le cristallin opaque à l’intérieur du globe oculaire. Les lunettes sont quant à elles depuis le Moyen Âge un remède ordinaire pour les vues faibles. Inventées au XIIIe siècle et perfectionnées au XVIIe, elles sont fabriquées par des artisans et vendues par des colporteurs. Le choix des verres est fait directement par l’acheteur. 

 

   Les signaux d’une institutionnalisation des professions liées aux soins des yeux commencent à se produire dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. En 1765 est créée une chaire d’oculistique par l’École de chirurgie de Paris, délivrant un certificat donnant au titulaire l’autorisation d’exercer dans la ville et ses faubourgs. Les premières chaires universitaires d’ophtalmologie sont créées en Autriche-Hongrie (Vienne, 1773) et en Allemagne (Göttingen, 1803), alors que dans d’autres pays, tels que l’Italie, des médecins commencent à donner des cours d’ophtalmologie dans des cliniques spécialisées (Naples 1815). 

 

   Mais ce mouvement doit faire face à l’opposition d’une partie de la médecine académique, qui considère la spécialisation comme contraire aux principes d’un art médical ayant une vision holistique du corps humain et de ses affections. Malgré l’opposition d’une partie du corps médical, le mouvement vers la création d’une spécialité médicale en ophtalmologie se poursuit, avec l’ouverture d’hôpitaux et cliniques (London Hospital for Eye Diseases, 1805), de publication de revues (Annales d’oculistique, Bruxelles, 1838,  Archiv für Ophtalmologie, Berlin, 1854, Ophthalmic Review, Londres], 1881), de création d’associations professionnelles et l’organisation de congrès internationaux. 

 

   À cette époque, on observe également une augmentation considérable des connaissances d’anatomie et de physiologie oculaires. L’invention de nouveaux instruments (ophtalmoscope, 1851, ophtalmomètre, 1854) et l’emploi systématique d’autres instruments déjà existants (microscope) permettent de dessiner avec précision la structure de l’œil dans toutes ses parties, ainsi que de préciser le mécanisme de la vision. Les vices de réfractions (myopie, astigmatisme, presbytie) sont décrits de manière scientifique. Les lunettes sont reconnues par la profession médicale comme des instruments indispensables pour corriger la vision imparfaite. L’introduction de l’asepsie et de l’anesthésie rendent la chirurgie oculaire plus précise et sûre. 

 

  La nouvelle appréhension de l’œil et de ses fonctions s’accompagne aussi d’un processus de « normalisation » de l’œil et de la vision, avec la définition des caractéristiques anatomo-physiologiques de l’œil normal et de la vision normale (1864), la création d’un barème pour l’acuité visuelle normale et de tableaux pour mesurer l’acuité visuelle, l’adoption de la dioptrie comme unité de mensurations pour la puissance des verres optiques (1875). Le processus d’institutionnalisation de l’ophtalmologie se poursuit dans la première moitié du XXe siècle suivant les lignes décrites en se consolidant sur le plan institutionnel. On peut le considérer comme abouti aux alentours des années 1950, date à laquelle des normes réglementant la formation professionnelle et l’exercice de la profession existent dans la plupart des pays européens. 

 

Prolonger la lecture sur le dictionnaire : Aveugles

Corinne Doria - School of Advanced Studies - University of Tyumen

Références :

Daniel M. Albert et Diane D. Edwards, The History of Ophthalmology, Cambridge, Blackwell Science, 1996.

Henri Faure, L’ophtalmologie des origines à nos jours, Annonay, Laboratoires H. Faure, 1973-1992, 7 vol.

Pour citer cet article : Corinne Doria, "Ophtalmologie", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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