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Justin Perchot

Homme politique et entrepreneur, Justin Perchot, est un homme clé de la psychiatrie des années 1930Justin Perchot, entrepreneur, Arch. CHS St-Remy.Homme politique et entrepreneur, Justin Perchot, est un homme clé de la psychiatrie des années 1930.                                                  

L’histoire de la psychiatrie française est essentiellement peuplée de médecins. La biographie de Justin Perchot permet d’introduire dans ce récit un nouveau type d’acteurs. Né en 1867 à Gézier-et-Fontenelay (Haute-Saône), Justin Perchot est vraisemblablement issu d’un milieu relativement modeste puisque son père était sabotier et son grand-père tailleur de pierre. Il débuta, à partir des années 1880-1890, une carrière scientifique. Elève de l’Ecole normale supérieure (ENS) dans la section scientifique entre 1887 et 1890, il fut attaché à l’observatoire de Paris à partir de 1893, date à laquelle sa thèse « Sur les mouvements des nœuds et du périgée de la lune et sur les variations séculaires des excentricités et des inclinaisons » fut publiée. Entre mai 1891 et juillet 1899, Justin Perchot contribua à la publication de seize textes, dont des comptes-rendus des séances de l’Académie des Sciences. Toutefois, sa vie intellectuelle ne se limita pas seulement au domaine des sciences puisqu’il publia également quelques ouvrages sur l’économie et la finance.

Progressivement, Justin Perchot délaissa néanmoins la carrière scientifique pour embrasser celle d’entrepreneur de travaux publics à partir de la fin des années 1890 et du début des années 1900. Son mariage avec Berthe Joséphine Marie Dedeyn, dont la famille était originaire du Grand-Dûché du Luxembourg, facilita alors les choses dans la mesure où le père, Auguste, occupait à cette époque la profession d’entrepreneur. C’est d’ailleurs avec ce dernier que Justin Perchot s’associa à partir de 1900. Toutefois, c’est seulement à partir de 1905 qu’il commença à entreprendre pour son compte personnel quelques travaux. Il traita alors essentiellement avec la ville de Paris pour laquelle il réalisa notamment le cinquième lot de la ligne métropolitaine numéro 7 en avril 1908. Il ne tarda pas alors à recevoir la reconnaissance des autorités puisqu’il fut nommé chevalier de la légion d’honneur par décret du 13 juillet 1909, avant d’être promu au grade d’officier en février 1932.

Mais la reconnaissance fut également politique car Justin Perchot occupa, à partir des années 1910, les fonctions de député et de sénateur. Ces élections récompensèrent alors un investissement politique dont les prémices datent de 1905, année durant laquelle il fut notamment délégué au congrès radical et radical socialiste. Ajoutons à cela qu’il fut membre de la ligue de propagande républicaine radicale et radicale socialiste. Enfin, il s’investit dans des activités de lobbying en présidant par exemple la ligue des intérêts commerciaux du quartier de l’Odéon.

A partir des années 1920, Justin Perchot diversifia ses activités dans le secteur de l’industrie. A la tête des « Aciéries de Longwy », il acquit ainsi en 1922 les « Forges et Aciéries de Commentry-Oissel », entreprise spécialisée dans la construction et la réparation de matériel pour les mines et les chemins de fer. La Société Commentry-Oissel avait une filiale : la « Compagnie foncière normande ». C’est par l’intermédiaire de cette entreprise, qui se nomma à partir de février 1934 « Abri-Foyer », que Justin Perchot se lança dans l’acquisition, l’aménagement et l’exploitation de centres hospitaliers privés en France.

Dans les années 1930, les autorités parisiennes devaient faire face à un certain nombre de problématiques dans le domaine de l’assistance publique, dont la plus urgente était alors celle de l’encombrement asilaire. Pour y faire face, les pouvoirs publics n’hésitèrent pas à passer des conventions avec des entreprises privées. C’est dans ce contexte que des accords furent signés dès 1934 entre l’Abri-Foyer et la Seine, qui cherchait alors à désengorger les établissements psychiatriques du département. Ces accords prévoyaient, pour l’essentiel, des transferts massifs de malades parisiens vers l’asile de Plouguernével, dans le département des Côtes-du-Nord de l’époque, dans lequel les premiers malades arrivent officiellement en juillet 1934. Les bâtiments, dont l’entretien était alors théoriquement assuré par l’Abri-Foyer, devaient permettre d’accueillir dans des conditions saines et appropriées des milliers de malades. Or, accusé de vouloir faire du soin des « fous » une activité strictement rentable, Justin Perchot, par l’intermédiaire de son entreprise, dut faire face à des accusations parfois très virulentes quant au sort réservé aux patients. Ces récriminations, si elles se justifient pour certaines par l’état déplorable dans lequel se trouvaient alors plusieurs parties de l’établissement de Plouguernével, révèlent également des enjeux de pouvoirs autour de la question de l’assistance publique en générale et de la psychiatrie en particulier dans la France des années 1930. Justin Perchot et l’Abri-Foyer sont dès lors de bonnes illustrations du climat d’urgence que connaît la psychiatrie française pendant l’entre-deux-guerres.

Joris GUILLEMOT - Le Mans Université - TEMOS CNRS 9016

Références :

Gilles Richard, Histoire des droites en France de 1815 à nos jours, Paris, Perrin, 2017.

Hervé Guillemain, "Des institutions privées d'histoire. Enquête sur les archives d'entreprises capitalistes dédiées à la gestion de la folie (France, 1930-1950)", Santé mentale au Québec, 2016, vol. 41, n°2.

Pour citer cet article : Joris Guillemot, " Justin Perchot ", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université.

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