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Polio

La polio ou paralysie infantile est une maladie dont les enjeux politiques ont été et sont toujours nombreux. Le trottoir ambulant ou plancher roulantLa polio ou paralysie infantile est une maladie dont les enjeux politiques ont été et sont toujours nombreux.  

Les résistances à la vaccination contre la polio et leurs enjeux politico-religieux ont été l’objet d’un documentaire récent, La guerre à la polio (2013). Un demi-siècle plus tôt la mise au point de vaccins anti-polio avaient également été l’objet de larges médiatisations dans les phases de succès comme lors des phases d’échecs. Le chercheur américain Jonas Salk avaient été représenté comme un héros de l’humanité en 1954, avant que ne se produise l’incident Cutter en 1955. Par la suite les vaccins se multiplient. Le Vaccin Poliomyélitique Inactivé Injectable (VPI) est suivi par le Vaccin Poliomyélitique Oral (VPO), développé par Albert Sabin. Comme pour la variole, l’éradication à l’échelle mondiale devient possible : depuis 1988, le nombre de cas a diminué de 99%, passant de 350 000 cas à 33 cas en 2018. Le virus sauvage se retrouve seulement dans deux pays, l’Afghanistan et le Pakistan, mais les cas dus au virus vaccinal augmentent d’année en année, ce qui entraîne de nouvelles préoccupations. 

Si la maladie est probablement ancienne, elle a pris un tour nouveau au début du XXe siècle. Ce n’est véritablement qu’au XIXe siècle que la maladie est décrite, puis étudiée, notamment par des chercheurs anglais au cours d’épidémies qui ont secoué l’Angleterre. La poliomyélite s’attaquait surtout aux enfants, leur causant principalement des paralysies aux membres inférieurs, (le chercheur Underwood parlait de la « débilité des membres inférieurs »). En France, elle devient un  véritable problème dans les années 1930. Apparue d’abord de manière sporadique, la poliomyélite prend une proportion dramatique au cours de l’année 1930 dans l’est du pays (Moselle, Haut-Rhin et surtout Bas-Rhin) où une grosse épidémie se déclare au cours de l’été, et ce durant 4 mois. Après des années d’accalmie dans les années 1920 (la poliomyélite n'avait fait que quelques victimes par an), le tournant des années 1930 commençait donc par une épidémie record en France, avec pour origine probable l'Allemagne et des ramifications dans plusieurs pays européens. A partir de juillet les journaux français commencent à mentionner l’épidémie, d’abord de manière neutre : « Enquête sur la Poliomyélite » titrait Le Journal, puis de manière moins rassurante « La paralysie infantile va-t-elle être vaincue ? », voire dramatique « Le cauchemar de la paralysie infantile » (Le Petit Journal).

Ce que montrent ces journaux, c’est que les pouvoirs publics ont réagi rapidement en prenant des mesures sanitaires telles que l’isolement des malades ; la désinfection ; la fermeture des écoles et la suppression des rassemblements d'enfants. Ces mesures, instaurées pour réagir vite en cas de manifestation épidémique afin de ne pas laisser la contagion se développer et former un foyer infectieux incontrôlable, ne sont pas spécifiques à la poliomyélite, mais sont des mesures d’ordre général qui s’inscrivent dans le cadre des nouvelles lois sanitaires de 1902, héritage de la révolution pasteurienne. Cette loi est historique dans la mesure où elle introduit dans le droit français des principes fondamentaux dans le domaine de l’environnement, de la santé, de la gestion d’épidémies, et de l’organisation administrative. 

Lors de cette épidémie, les enfants sont au centre de l’attention, mais l’enjeu est plus large. Les militaires appliquent alors une prophylaxie spécifique à la poliomyélite en proposant un double contrôle prophylactique sur les soldats. La nature épidémique de la polio instaure la peur et crée un climat de tensions permanentes, alimenté notamment par les articles de presse et, surtout, la rumeur, notamment lors de la tenue des manœuvres militaires dans l’est de la France en 1930, quand l’épidémie de poliomyélite était au plus fort. Celle-ci sera vite contrée par des déclarations politiques afin de rassurer et calmer la population. Au total 547 cas ont été observés pour les 3 départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle, pour un taux de mortalité d'environ 10%, en quasi exclusivité chez les enfants. 

Car si à cette époque, la vaccination existait déjà pour certaines pathologies (la variole par exemple), tel n’était pas le cas pour la poliomyélite. La contracter était quasiment synonyme de mort ou bien de survenue de séquelles lourdes, douloureuses ou permanentes car il était très compliqué médicalement de contrer la propagation des paralysies dans les membres inférieurs et supérieurs, voire de l’appareil respiratoire. Les traitements étaient essentiellement prophylactiques, avec des effets plus ou moins variables selon les techniques utilisées et les victimes soignées. Les sérums ont été beaucoup utilisés afin d’endiguer le développement de la maladie, mais les résultats n’étaient pas suffisants pour que cette technique soit diffusée plus largement. 

Concrètement, une fois la poliomyélite déclarée, l’objectif médical était de garder en vie la victime en espérant que les séquelles physiques soient les moins lourdes possibles. Il s’agissait donc de vivre avec les paralysies. Adaptation et rééducation étaient employées, plus particulièrement avec les enfants ayant plus de chance de récupérer que des adultes. C’est dans ce but que des centres de rééducation ont ouvert leurs portes au début des années 1920, comme celui de Saint-Fargeau, situé en Seine-et-Marne aux environs de la forêt de Fontainebleau, où des petits patients venaient notamment réapprendre à marcher. Les images de poumon d’acier ont été emblématiques de cette époque, mais l’image du tapis roulant pourrait également illustrer les essais de réhabilitation de patients que l’on savait pourtant souvent condamnés. Avec un système de moteur et de sangles permettant de corriger et de compenser la position, le malade est ainsi réhabitué progressivement à effectuer les gestes de la marche sans se fatiguer, et surtout sans se déformer.

Guillaume Charmot - Le Mans Université

Références :

Richard Altenbaugh, The Last Children's Plague : Poliomyelitis, Disability, and Twentieth-Century American Culture, Croydon, Palgrave Macmillan, 2015.

Guillaume Charmot, La France face à la poliomyélite : épidémies, prophylaxies, répercussion de la maladie, Mémoire de master 2, sous la direction de Hervé Guillemain, Université du Maine, 2017.

Pour citer cet article : Guillaume Charmot, "Polio" dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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