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Psychédélique

Le terme psychédélique a été forgé pour qualifier des substances psychoactives envisagées en psychiatrie, mais qui restent strictement contrôlées. Thérapie psychédélique à l’hôpital universitaire Johns Hopkins de Baltimore (2008), M. W. Johnson, CC BY-SALe terme psychédélique a été forgé pour qualifier des substances psychoactives envisagées en psychiatrie, mais qui restent strictement contrôlées. 

 

   Certaines substances hallucinogènes partagent un mode d’action psychopharmacologique analogue. C’est par exemple le cas de la diméthyltryptamine du breuvage amazonien ayahuasca, du LSD 25 synthétisé par la firme pharmaceutique Sandoz, de la mescaline du cactus peyotl (Lophophora williamsii) ou encore de la psilocybine des champignons hallucinogènes (par exemple le Psilocybe mexicana). Ces substances sont couramment regroupées dans la classe des psychédéliques.

 

   Le terme “psychedelic” (“qui révèle l’âme”) a été inventé par le psychiatre britannique Humphry Osmond (1917 -2004) en avril 1956 et utilisé publiquement peu de temps après, lors d’une réunion de l’Académie des sciences de New-York. Osmond avait proposé ce terme pour qualifier l’effet sur le psychisme du LSD et de la mescaline et pour remplacer le terme “psychotomimetic” (“qui imite la psychose”) qu’il avait employé jusque là et qui ne lui semblait pas approprié.  Inspiré par un échange épistolaire avec Aldous Huxley qu’il initia à la mescaline, Osmond forgea le terme psychedelic à partir du grec ψυχή (“psyché”, âme) et δήλοω (“delos”, rendre visible, manifester). Après que son confrère John Smythies (1922 - 2019) l’eut amené à s’intéresser à la biochimie du psychisme et aux quelques travaux européens et américains de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle portant sur la mescaline, Humphry Osmond émigra au Canada en 1951 et y mena des recherches sur le potentiel thérapeutique du LSD et de la mescaline pour le traitement de maladies psychiatriques à l'Hôpital psychiatrique de Weyburn, dans la province du Saskatchewan. Le gouvernement socialiste du Saskatchewan avait en effet offert des conditions attrayantes, propices aux innovations, pour y développer l’offre publique de soin et favoriser l’installation de professionnels du champ de la santé mentale. 

 

   Après la redécouverte, en 1953 au Mexique, de rituels divinatoires fondés sur l’absorption de champignons psychotropes par différents peuples amérindiens, l’intérêt scientifique sur les possibles usages médicaux et militaires des psychédéliques allait s’accroître sensiblement, en particulier en Amérique du Nord. Ils furent en effet envisagés comme des traitement contre l’alcoolisme, la dépression, l’anxiété face à la mort imminente, ainsi que comme des armes incapacitantes pour neutraliser l'ennemi ou encore comme des outils de contrôle mental, dans le contexte de la guerre froide. Entre 1950 et 1965, plus de 1000 publications scientifiques furent ainsi consacrées à la psilocybine, découverte grâce à la collaboration entre le couple d’ethnologues amateurs états-uniens Gordon Wasson (1898 - 1986) et Valentina Wasson (1901 - 1958), le mycologue français Roger Heim (1900 - 1979) et le chimiste suisse Albert Hofmann (1906 - 2008), ainsi qu’au LSD, découvert par ce dernier.

 

   Mais l’expérience psychique provoquée par les psychédéliques allait susciter un engouement au-delà des cercles universitaires et médicaux. L’usage du LSD se popularisa aux États-Unis, en particulier dans les mouvements de la jeunesse opposée à la guerre du Vietnam dans les années 1960 et 1970. Il en résulta dès 1966 une prohibition motivée par des impératifs idéologiques et politiques plutôt que par des considérations liées à la santé publique. Il en découla aussi une véritable panique morale provoquée par des campagnes de désinformation.

 

   La prohibition de ces substances, malgré une dangerosité et un potentiel addictif très faibles ainsi qu’un intérêt thérapeutique avéré, perdure jusqu’à aujourd’hui. Elle repose sur trois conventions signées par la quasi-totalité des États, celle dite “unique” de 1961 sur les stupéfiants, celle de 1971 sur  les substances psychotropes, celle enfin de 1988 contre le trafic illicite. Or, dans la convention de 1971, ils sont classés comme drogues dangereuses sans intérêt thérapeutique. La reprise d’essais cliniques depuis les années 2000 est souvent qualifiée de “renaissance psychédélique”, selon le terme proposé  en 2012 par le psychiatre anglais Ben Sessa. Elle s’accompagne d’un mouvement mondial d’usagers réclamant un changement dans les politiques publiques sur les drogues. Aux États-Unis, plusieurs villes ont décriminalisé leur possession et leur usage. Des investisseurs privés s’intéressent aussi depuis peu au développement de thérapies psychédéliques ; une jeune firme pharmaceutique a également breveté un procédé de synthèse de la psilocybine, anticipant une libéralisation. L’avenir de la psychiatrie est-il psychédélique ?

 

Autre lecture conseillée dans le dictionnaire : L.S.D.

Vincent Verroust - Centre Alexandre-Koyré - Institut des humanités en médecine, Lausanne

Références :

Erika Dyck, Psychedelic Psychiatry – LSD from Clinic to Campus, 1re éd., Baltimore, Md, Johns Hopkins University Press, 2008.


Aldous Huxley, Les portes de la perception, s.l., 10 X 18, 2001.

 

Pour citer cet article : Vincent Verroust, "Psychédélique", dans Hervé Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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