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Secteur

La politique de secteur avait pour objectif de lutter contre les processus d’aliénation engendrés par le système asilaire.Sectorisation psychiatrique de ParisLa politique de secteur avait pour objectif de lutter contre les processus d’aliénation engendrés par le système asilaire.

La politique de secteur, également appelée « sectorisation psychiatrique », est une réforme de l’organisation de la politique de lutte contre les maladies mentales qui fut élaborée et mise en œuvre en France durant la seconde partie du XXe siècle. Définie par la circulaire du 15 mars 1960, la sectorisation procédait à une division du territoire en aires géo-démographiques de 70 000 individus environ. Chacun de ces « secteurs » devait être desservi par un établissement psychiatrique du département, dans chacun desquels intervenait une même équipe médico-sociale chargée du suivi pré et post-hospitalisation des malades. L’équipe pluridisciplinaire assurait la « continuité indispensable entre le dépistage, le traitement sans hospitalisation, les soins avec hospitalisation et enfin la surveillance postcure ». Promouvant une « ouverture » des hôpitaux psychiatriques vers la médecine de ville, la politique de secteur avait pour objectif de séparer le moins possible le malade de son milieu social et de lutter contre les processus d’aliénation qui le condamnaient à demeurer étranger à toute forme de d’interaction sociale. 

Dans cette optique, l’hospitalisation, qui avait prévalu comme le principal outil de traitement depuis la loi du 30 juin 1838 et qui dans bien des cas contribuait à l’aliénation du malade, ne correspondait plus dans la législation qu’à une potentielle étape du traitement. Le malade ne devait plus être systématiquement interné dans un hôpital psychiatrique, mais bénéficier de soins adéquats en fonction de son degré de désadaptation. Un malade ne présentant que de légers troubles psychiques devait pouvoir se soigner dans des organismes plus souples et proches de son domicile à l’image des consultations dans les dispensaires d’hygiène mentale ou de la cure ambulatoire dans des hôpitaux de jour. Les foyers de postcure ou les ateliers thérapeutiques devaient dans le même temps permettre la réadaptation à la vie en société des anciens malades internés. Le traitement des malades reposait dès lors sur l’articulation des hôpitaux et des organismes extrahospitaliers. 

Cette réforme de l’organisation de la prise en charge des malades mentaux est aujourd’hui considérée par de nombreux psychiatres comme une véritable révolution. A la lecture de certains textes de professionnels du champ psy, la sectorisation serait en effet l’aboutissement d’un long processus réformateur de l’Assistance aux aliénés entrepris depuis le début du XXe siècle. D’un traitement hérité de la législation du 30 juin 1838 qui définissait la séquestration des aliénés comme le principe thérapeutique de base, aurait progressivement émergé un courant contestataire plaidant pour l’ouverture et l’humanisation des asiles. Ce mouvement se serait concrétisé au sortir de la Seconde Guerre mondiale avec l’élaboration du projet d’un groupe de psychiatres réformateurs réunis dans le Syndicat des médecins des hôpitaux psychiatriques. Présentée en ces termes, la politique de secteur s’apparente à un discours héroïque. Si nombre d’entre eux œuvrèrent en effet, avec le concours des fonctionnaires du ministère de la Santé, au développement des organismes extra-hospitaliers, le secteur fut dans les faits une réalité très disparate et inégalement répartie sur le territoire. Lors de la publication de la circulaire du 15 mars 1960, l’équipement extra-hospitalier était encore peu développé et se concentrait surtout dans les grandes aires urbaines. Le département de la Seine était à ce titre l’un des rares départements à disposer dès 1957 d’un prototype de secteur dans le XIIIe arrondissement de Paris. De surcroît, si le nombre de dispensaires d’hygiène mentale avait triplé entre 1955 et 1966, notamment grâce à la publication du décret du 20 mai 1955, cette croissance accompagnait l’érection de nouveaux établissements censés décongestionner les anciens asiles. Plus qu’une ouverture de l’hôpital, la politique de secteur constituait une modernisation de l’équipement hospitalier, ainsi qu’une extension du champ d’intervention des psychiatres, qui se concrétisa avec la loi du 25 décembre 1985. Le secteur devint alors le mode d’organisation de base de la psychiatrie publique. 

Gaspard BOUHALLIER - Université Lyon 2 - LARHRA

Références :

  • Alexandre Klein, Hervé Guillemain, Marie-Claude Thifault (dir.), La fin de l’asile ? Histoire de la déshospitalisation dans l’espace francophone au XXe siècle, Rennes, PUR, 2018.

  • Nicolas Henckes, Le nouveau monde de la psychiatrie française. Les psychiatres, l'Etat et la réforme des hôpitaux psychiatriques de l'après-guerre aux années 1970, Thèse de doctorat en sociologie sous la direction d’Isabelle Bazsanger, Paris, École des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), 2007.

Pour citer cet article :

Gaspard BOUHALLIER, "Secteur", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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