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Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Seringue

L’apparition de nouveaux modèles de seringues dans les années 1850 questionne les conditions d’avènement des techniques médicales.Caricature d'Honoré Daumier (1808-1879), "Hier le fusil à aiguille, eux demain : gagnerons-nous au change ?", Le Charivari, 8 juin 1867, 40,6 cm x 30 cm, Musée des Beaux-Arts de Marseille

L’apparition de nouveaux modèles de seringues dans les années 1850 questionne les conditions d’avènement des techniques médicales.

 

   La seringue apparaît aujourd’hui comme un outil essentiel dans le monde médical. Elle est, dans sa constitution contemporaine telle que nous la connaissons, un instrument constitué d'un piston et d'un corps de pompe cylindrique muni d'un embout où s'adapte une aiguille pour injecter un produit. Mais cet outil connu de tous est à différencier du modèle qui apparaît au milieu du XIXe siècle. 

 

   La refonte du procédé d’injection est due à deux médecins, le praticien écossais Alexander Wood (1817-1884) et le docteur français Charles Gabriel Pravaz (1791-1853). En 1852, le docteur Pravaz remet à jour une invention du docteur toulousain Dominique Anel, qui confectionne une seringue en argent appréciée pour sa praticité. Un an plus tard, en 1853, le docteur Wood injecte un produit en sous-cutané pour la première fois avec une seringue hypodermique qu’il invente au début des années 1850. Ce modèle se diffuse rapidement grâce à sa robustesse et à sa sécurité. Les seringues en verre avaient en effet pour réputation d’être trop fragiles et dangereuses. C’est seulement en 1956 qu’apparaissent les seringues composées de plastique afin de régler ces problèmes matériels. 

 

   On doit l’arrivée de la seringue aux nouvelles techniques industrielles découvertes au XIXe siècle. En effet, les scientifiques commencent à extraire les principes actifs des plantes aux qualités médicinales. La seringue de Wood, par exemple, sert à injecter des doses de morphine, un tranquillisant extrait de l’opium découvert en 1804, pour ses patients atteints d’anévrisme. Par la suite les soldats de la guerre de 1870-1871 se voient conseiller par les médecins, l’usage de la morphine par injection pour remobiliser le moral des troupes. Rapidement, les patients en abusent et certains médecins demandent un usage contrôlé pour stopper les cas de morphinomanie. La seringue accompagne un nouvel usage commercial et récréatif de la morphine soulageant les douleurs des malades et des non-malades qui en consomment, comme c’était déjà le cas dans les fumeries d'opium, à Londres entre autres. La seringue gagne donc le corps médical mais aussi l’armée, les commerçants et enfin les particuliers.  

 

   La seringue de 1853 de Wood et de Pravaz est donc, en soit, une grande révolution médicale mais elle connaît des limites. Le plus grand problème de ces seringues du XIXe siècle est la stérilisation encore balbutiante. Pour ce faire, il faudra attendre 1974, année où l’Américain Phil Brooks met au point une seringue à usage personnel et jetable. L’objet est aussi au centre de plusieurs controverses. Les multiples débats sur le sujet à la chambre des députés en sont la preuve. Le ministre des pensions, par une circulaire du 12 Janvier 1922, interdit aux centres d’appareillage, ces usines spécialisées dans la conception d’outils médicaux, de délivrer du matériel médical tel que des thermomètres, des ventouses et des seringues de Pravaz à la population. Le député Gustave Delory demande, le 24 novembre 1922, au ministre, que cette loi soit supprimée afin de soulager le travail des médecins, surtout en campagne lorsque ces derniers sont très sollicités dans leurs déplacements. Cette proposition de modification législative sera cependant refusée car on juge la présence des médecins essentielle lors de ces examens médicaux. La chambre rappelle au passage que les centres d’appareillages peuvent délivrer directement aux familles, sans passer par le médecin, le matériel orthopédique et les prothèses. L’utilisation de la seringue se propage donc dans les foyers au début du XXe siècle mais on cherche toujours à limiter son utilisation sans la présence d’un professionnel de santé. 

 

   Les seringues sont de nos jours utilisées dans les centres médicaux mais elles le sont aussi dans d’autres lieux comme les prisons, où les détenus les utilisent pour s’injecter de la drogue. Les seringues circulent car elles ne sont pas disponibles en libre-service. Le gouvernement a donc mis en place un plan nommé PES (Programme d’échange de seringue) qui, depuis 1995, permet d’avoir un accès plus facile à du matériel de santé comme des seringues pour des populations qui ne côtoient pas des lieux de santé communs.   



Prolonger la lecture sur le dictionnaire : Campagnes anti drogues - Tensiomètre - Auto-expérimentation

Matéo Pilon - Le Mans Université

Références

Thomas Grauchwell, 30 000 ans d’inventions, Grund, 2009.

Arnould De Liedekerke, La belle époque de l’opium, La Différence, 2001.

 

Pour citer cet article : Matéo Pilon, « Seringue » dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2021.

 

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