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Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Silicose

Source de débats, la silicose s’affirme comme la maladie professionnelle du XXe siècle.Mineurs poussant des wagonnets (1912).

Source de débats, la silicose s’affirme comme la maladie professionnelle du XXe siècle.

 

   La silicose est une maladie chronique provoquée par l’inhalation de poussière de silice cristalline (SiO2), qui s’affirme au XXe siècle puisque les nouvelles technologies de production minière et industrielle participent à intensifier l’exposition professionnelle des travailleurs. Les particules de silice (principal composant de la croûte terrestre) forment des nodules dans les poumons et au stade terminal de la maladie, le patient ne peut plus respirer, une assistance respiratoire est nécessaire. De plus, cette pathologie peut se combiner avec des complications cardiaques et son déclenchement peut être lent et différé. La silicose est donc généralement incurable et mortelle. Avec un besoin croissant en charbon, les travailleurs du secteur de l’extraction, en particulier les mineurs, deviennent progressivement la majorité des victimes avérées de la maladie. 

 

   Le terme silicosis (silicose) fut inventé en 1871 par le médecin italien Achile Visconti mais la nosologie (symptômes) et l’étiologie (causes) de la maladie ne sont officiellement définies qu’en 1930, lors d’une conférence internationale, à Johannesburg. Des médecins ont dû allier les intérêts économiques de l’industrie et les revendications des syndicats de travailleurs lors de cette conférence pour trouver un accord. La silicose est alors une question médico-légale dont l’enjeu est l’indemnisation des victimes. Finalement, il est possible d’admettre qu’il s’agit d’une maladie « négociée » puisqu’il y eut des difficultés à trouver un accord à cause de l’insondable disparité des conditions géologiques et de travail ainsi que des complications liées à la silicose. Maladie « négociée » puisqu’elle fut l’objet de négociations entre organismes internationaux, professionnels de santé, employeurs et assurances dans le cadre de réunions ou de conférences (cf. création en 1936 d’un sous-comité spécifique au Bureau International du Travail consacré à la silicose). L’inscription de la silicose dans la logique assurantielle de la réparation des maladies professionnelles (conséquence de l’exposition plus ou moins prolongée à un risque lors de l’exercice d’une profession, sujette à indemnisation si figurant dans le tableau des maladies professionnelles) modifie foncièrement le rapport de la société à cette maladie professionnelle mais elle engage aussi la responsabilité des employeurs, constituant un réel obstacle, puisque largement opposés à l’idée d’inscrire la silicose sur le tableau des maladies professionnelles. 

 

   La silicose reste assurément la maladie professionnelle la plus mortelle de l’Histoire. Elle est même surnommée « la reine des maladies professionnelles », ce qui explique aisément qu’elle fut l’une des priorités sanitaires des organismes internationaux. Lors de sa reconnaissance comme catégorie médico-légale au début du XXe siècle, une nouvelle orientation du champ médical apparaît, se concentrant désormais sur les maladies liées aux poussières plus que sur les maladies d’intoxication. À l’époque, la radiologie pulmonaire est le seul outil de détection et la fréquente co-présence de la tuberculose dans les poumons silicosés rattache les troubles pulmonaires des mineurs à des facteurs comportementaux privés (alcoolisme, mauvaise hygiène, conditions de logement insalubres…). Or, cette affiliation permet aux experts médicaux des employeurs de contrer les demandes de compensation financière des travailleurs. Toutefois, malgré la tentative de minimisation de la réparation de la maladie par divers acteurs (gouvernements, assurances, employeurs), la priorité en matière de silicose devient progressivement la prévention. 


   En tant qu’enjeu de la lutte pour la santé au travail, la silicose est la première des pneumoconioses (maladies pulmonaires liées à l’inhalation de particules solides) à recueillir un telle attention et chaque pays reconnaît petit à petit la silicose comme maladie professionnelle. L’Afrique du Sud est un pays pionnier dans la mise en évidence des effets de la silicose. Face à cela, la maladie est reconnue en Allemagne et en Angleterre dès 1927, alors qu’il faut attendre l’ordonnance du 2 août 1945 en France. Il est également possible d’aborder le cas de la Belgique qui ne reconnaît la pneumoconiose des ouvriers mineurs comme maladie professionnelle qu’en 1964. Malgré un taux de syndicalisation parmi les plus importants au monde, la résistance patronale fut très efficace. L’Europe n’a pas été le seul foyer de la maladie puisqu’elle frappe également le Japon. On constate aisément que les conditions de travail furent un obstacle à la prise de conscience des risques liés aux poussières, même si des scientifiques traitent assez tôt de la question. Une loi spéciale sur la silicose est votée en 1955 mais il faut attendre 1960 pour le vote d’une loi sur les pneumoconioses (Jinpaihô) qui prend également en compte l’anthracose (pneumoconiose causée par l’inhalation de particules de charbon) en plus de la silicose. Cependant, les progressives reconnaissances ne permettent pas de contrer l’invisibilité des victimes. Au Japon, entre 1960 et 2000, seulement 35 651 victimes de la pneumoconiose ont bénéficié du régime d’assurance sociale sur les maladies professionnelles à long terme. On constate alors que de manière graduelle, le savoir médical s’impose et la réfutation de la silicose devient absurde. Malgré tout cela, selon Roger Rameau (syndicaliste CFDT), seulement une infime partie des malades est indemnisée. D’ailleurs, la silicose reste actuellement un enjeu puisqu’elle frappe encore massivement dans les pays en voie de développement comme la Chine.

Dylan Martineau - Le Mans Université

Références :

Judith Rainhorn, Santé et travail à la mine, XIXe-XXIe siècles, Presses universitaires du Septentrion, 2014. Annie

Thébaud-Mony, La science asservie, La Découverte, 2014.

Pour citer cet article : Dylan Martineau, "Silicose" dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2021.

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