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Officiers de santé

La nouvelle profession d’assistant.e médical.e marquerait-elle le retour à la politique des officiers de santé ? Un médecin de campagne sous la Restauration, BIUMLa nouvelle profession d’assistant.e médical.e marquerait-elle le retour à la politique des officiers de santé ? 

 Avec la création toute récente de la nouvelle profession encore bien floue d’assistant.e médical.e, il n’est pas inintéressant de revenir sur ceux qui, par certains côtés, en furent les prédécesseurs, les officiers de santé qui furent recrutés entre 1803 et 1892. Comme aujourd’hui, il s’agissait de combattre la très inégale répartition géographique des docteurs (médecins du premier ordre) qui privilégiaient les villes. On choisit d’instaurer un véritable corps autonome de médecins de second ordre, les officiers de santé dont l’exercice était presque aussi libre et étendu que celui des médecins du premier ordre. Malgré le succès de l’expérience, la profession fut l’objet de projet de lois visant à la faire disparaître. Cible des hommes politiques, la profession fut en revanche défendue par les populations, les élus locaux et les différents degrés de l’administration jusqu’au sein du ministère. Grâce à cela, la profession obtint un sursis.

Comme toutes les grandes lois du Consulat, la loi du 19 ventôse an XI (11 mars 1803), relative à l’exercice de la médecine, était un compromis entre l’Ancien Régime et la Révolution. Du premier, elle conserva une étroite élite médicale munie d’un doctorat obtenu au bout de quatre ans d’études coûteuses uniquement dispensées dans trois facultés. On escomptait que, bien formés, ils soigneraient à prix d’or une clientèle urbaine, aisée, aux maladies complexes. De la Révolution, la loi héritait des projets visant à couvrir l’ensemble du territoire de médecins formés et également répartis. On y pourvut par le recrutement d’officiers reçus par des jurys départementaux après des études courtes ou les preuves d’une expérience pratique. Pour éviter leur accumulation dans les villes, la loi borna leur exercice à leur département de réception. Chaque déménagement nécessitait un nouvel examen et le paiement des droits afférents. On espérait donc que, recrutés dans des milieux modestes et ruraux, ils desserviraient à moindre coût les habitants des campagnes.  Ce qu’ils firent dans l’immense majorité des cas.

Très vite pourtant, les officiers de santé sont l’objet d’une offensive des docteurs, bien relayés dans les chambres et auprès du gouvernement. Officiellement, ils leur reprochaient, leur manque de formation, leur incompétence et leur dangerosité. Officieusement, il s’agissait aussi de supprimer la concurrence de ceux qui, par leurs honoraires modestes, empêcheraient les docteurs de s’installer dans les campagnes. Sous la Monarchie de Juillet, l’Académie de médecine, les nombreux journaux médicaux accentuent leur pression sur les gouvernants. Tous les ministres de l’Instruction publique de qui relèvent désormais les officiers de santé, Guizot, Villemain, Cousin, Salvandy se placent dans le sillage de leurs prédécesseurs, mais la suppression pure et simple des officiers de santé de plus en plus souvent évoquée est votée par la Chambre des pairs en 1847.  Seule la Révolution de février empêcha son adoption. Si la loi supprimant le grade d’officier de santé ne fut votée qu’en 1892, le décret de 1854, qui durcissait les conditions financières et intellectuelles pour devenir officier de santé, aboutit à une chute massive des effectifs qui passèrent de 8 000 en 1843 à 2 000 en 1892, 200 dans les années 1920.

Pourtant, si les officiers de santé ont toujours été malmenés par les instances politiques nationales, ils ont fait l’objet de multiples attentions de la part des autorités locales. Ce soutien se manifesta surtout lorsque des officiers de santé demandaient des dispenses d’examen pour exercer dans un autre département que celui pour lequel ils avaient été reçus. Les maires, les conseillers généraux, les députés intervenaient pour soutenir les pétitionnaires. Parfois les habitants se joignaient à eux par des lettres collectives. Devant une telle pression, les sous-préfets, les préfets émettaient pour la plupart des avis favorables que, au coup par coup, le ministère de l’Instruction publique entérinait en invoquant le plus souvent le manque de médecins. Dans ce cadre fut lancée en 1828 par Martignac la première enquête nationale sur la géographie médicale. Envisagée dès 1828, la création de médecins cantonaux, rétribués sur des fonds publics, figurait dans le projet Salvandy (1847) avant d’être autorisée localement (1854) et généralisée dans le cadre de la loi d’assistance médicale gratuite. L’existence éphémère et contestée des officiers de santé fut donc une étape essentielle dans la marche vers l’accès aux soins pour tous.

Olivier Faure - Université de Lyon III - Lahra

Références :

Olivier Faure, Contre les déserts médicaux, les officiers de santé en France (1ere moitié XIXe siècle), Tours, PUFR, 2020, 282 p. (sous presse)

Olivier Faure, Les Français et leur médecine au XIXe siècle, Belin, 1993.

Pour citer cet article : Olivier Faure "Officiers de santé" dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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