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Test d'intelligence

La mesure de l’intelligence fut, dès ses prémisses, un projet tant scientifique qu’éminemment politique. 

 

   C’est en 1905, à Rome, au cours du Ve Congrès international de psychologie, que fut présentée pour la première fois l’Échelle métrique de l’intelligence. Fruit de la collaboration entre le psychologue français Alfred Binet (1857-1911) et le psychiatre Théodore Simon (1873-1961), elle était alors l’une des « Méthodes nouvelles pour diagnostiquer l’idiotie, l’imbécillité et la débilité mentale ». Associée à des méthodes pédagogique et médicale, elle devait permettre de déceler les enfants « anormaux » dans les classes, mais aussi de distinguer parmi eux les « idiots » des « imbéciles », des « débiles » ou des « arriérés ». C’était en tout cas pour cela qu’elle avait été produite, à la demande des autorités françaises. 

 

   Il faut dire que le problème du dépistage et de la scolarisation des enfants « anormaux » faisait débat en France depuis l’adoption des lois Jules Ferry sur l’école en 1881 et 1882. Le médecin et député Désiré-Magloire Bourneville (1840-1909) œuvrait notamment, depuis son entrée à Bicêtre en 1879, pour transformer la prise en charge des enfants arriérés et leur offrir une scolarisation à part entière. Il avait ainsi déposé en 1889 un projet de loi pour réviser la loi de 1838 sur les aliénés, avant de dénoncer, lors du Congrès national d’Assistance publique de 1894, la triste situation des enfants “anormaux” dans le pays. La question de savoir s’il fallait offrir une éducation à ces enfants ne se posait donc plus. Il ne restait, au début du nouveau siècle, qu’à savoir où ces enfants devaient être scolarisés. Était-ce au sein de l’asile comme l’avait fait Bourneville à Bicêtre, ou dans des classes spécialisées au sein des écoles publiques comme le suggéraient Binet et Simon ? 

 

   L’instauration en 1904, par le ministère de l’Instruction publique, d’une commission chargée d’étudier les modalités de scolarisation des enfants “anormaux”, en application de la loi de 1882 sur l’instruction primaire obligatoire, visait, entre autres, à répondre à cette question. S’étant donné pour première tâche de recenser les enfants “anormaux”, la commission Bourgeois - du nom de son président l’homme politique Léon Bourgeois (1851-1925) - confia à Binet et Bourneville le soin de rédiger un questionnaire à l’intention des directeurs et instituteurs des écoles du pays. Mais les résultats de cette consultation furent décevants, en grande partie parce que la distinction des enfants “anormaux” était encore difficile, faute d’une classification uniforme et d’un outil de dépistage efficace. La commission demanda alors à Binet de remédier à cette situation. 

 

   À partir d’observations réalisées dans des écoles parisiennes, mais aussi dans le service du Dr Jules Voisin (1844-1920) à la Salpêtrière, Binet et Simon développèrent donc une méthode de diagnostic différentiel permettant de distinguer les enfants “normaux” des “anormaux” et, au sein de ces derniers, les différentes catégories d’anormalité ou d’arriération. C’est la fameuse Échelle métrique présentée au congrès de Rome. La commission sembla se satisfaire de cet outil, puisqu’elle acheva ses travaux à la fin de l’année 1905 en recommandant la création de classes annexes et d’écoles dites de « perfectionnement » pour l’accueil des enfants “anormaux” hors asile. Ces recommandations furent reprises telles quelles par le ministre de l’Instruction publique Aristide Briand (1862-1932) qui déposa le 13 juin 1907 un projet de loi pour la création de ces nouvelles structures d’enseignement.  

 

 Cette même année, Binet et Simon publièrent un Guide pour l’admission des enfants anormaux dans les classes de perfectionnement, qui reprenait les résultats de la commission et offrait des définitions et outils pratiques pour le dépistage et la classification des enfants “anormaux”. Binet et Simon y présentaient également les résultats de leurs observations réalisées dans les toutes premières classes de perfectionnement qu’ils avaient ouvertes, avant même l’adoption de la loi qui eut lieu le 15 avril 1909, dans plusieurs écoles parisiennes. Ce sont d’ailleurs les études réalisées dans ces classes expérimentales qui leur permirent de publier, dès 1908, une version plus aboutie de leur Échelle métrique. Cette dernière permettait désormais de définir des niveaux intellectuels correspondant à des âges, autrement dit un âge mental propre à chaque enfant. Les tests Binet-Simon étaient nés. 

Alexandre Klein - Université d'Ottawa

Références :

Klein, A., 2016, « Alfred Binet et l’Échelle métrique de l’intelligence », Bibnum [En ligne], http://journals.openedition.org/bibnum/1063

Pelicier, Y., Thuillier, G., 1979, « Pour une histoire de l’éducation des enfants idiots en France (1830-1914) », Revue Historique, 261(1 (529)), p. 99-130. 

Pour citer cet article : Alexandre Klein, "Test d'intelligence" dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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