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Ungemach

La cité-jardin Ungemach est une expérience eugéniste Les Etablissements UngemachLa cité-jardin Ungemach est une expérience eugéniste modèle dans la France de l’après-guerre. 

Projet présenté comme socialiste de l’entre-deux-guerres, la cité-jardin Ungemach est localisée à Strasbourg dans le Wacken au nord-est de la ville. Dans une Alsace réintégrée à la France à la suite du traité de Versailles en juin 1919, deux Alsaciens se distinguent et mettent en place la construction de logements de qualité destinés à des couples triés sur le volet. Léon Ungemach est le premier personnage important, industriel français à la tête de la société alsacienne d’alimentation depuis 1888, patron novateur d’un point de vue social avec par exemple la mise en place de restaurants d’entreprise ou de vacances pour les enfants d’employés. Après avoir été mêlé à des affaires de spéculation concernant le prix du sucre avec l’état allemand, l’un de ses salariés Alfred Déchert, responsable de la section confiserie dans l’entreprise lui écrit en évoquant dès juillet 1918 l’idée de « cité-jardin Ungemach » qui est bien accueillie par ce dernier. Alfred Déchert est un homme de son temps, influencé par les lectures de Galton et Darwin, qui visite beaucoup de garden cities et souhaite reproduire le même modèle en développant une cité favorable à la procréation de sujets sains. Dès août 1918, Déchert a d’ailleurs développé les idées directrices de la future cité ; il deviendra par la suite gérant du projet et l’entretiendra jusqu’à sa mort en 1972. La présence du maire socialiste, Jacques Peirotes, favorise d’ailleurs la mise en place du projet, même s’il fut opposé à certains de ses aspects. Le 7 janvier 1920, la fondation Ungemach est fondée et le 5 octobre 1924, la cité s’ouvre au public avec 140 maisons faisant chacune entre 100 et 165 mètres carrés, séparés par des jardins.

Même si cette cité-jardin Ungemach fut annoncée comme un projet avant tout socialiste reflétant l’esprit d’aide au logement de la ville strasbourgeoise à cette période, elle correspond plus à une expérimentation eugéniste dans le but d’observer le développement des populations sur plusieurs décennies en sélectionnant les sujets. Les demandes étaient nombreuses pour loger dans cette cité très moderne du début des années 1920 avec près de 300 demandes de logements pour les 40 premières maisons louées en 1924. Cela s’explique par des éléments majeurs de confort, comme l’eau courante et la présence de salles de bain dans chaque habitat, mais aussi l’esthétique des maisons qui d’un point de vue architectural sont dans le style alsacien du XIXe siècle et donc populaire. La sélection des citadins se fait alors au travers de la convention du formulaire d’entrée (questionnaire) qui calcule un indice par rapport aux réponses. La quasi-totalité des logements sont réservés à des jeunes couples souhaitant avoir de nombreux enfants et pouvant garantir un certain salaire. L’architecture intérieure est pensée pour une femme qui ne travaille pas, toujours dans cet objectif de fécondité, avec par exemple toutes les pièces situées au rez-de-chaussée pour faciliter ses tâches. Toujours dans le même but, une école est introduite en 1928 pour renvoyer la femme à son rôle de mère. Toutes les maisons de cette cité garantissent un cadre de vie sain au travers d’une hygiène irréprochable qui coïncide avec cette image de laboratoire humain pour agir sur la « qualité » des populations.

 

Inspirée par un eugéniste, cette cité utilisa cette sélectivité jusqu’aux années 1950 et même si cette notion de sélectivité des individus peut paraître choquante à notre époque, elle s’inscrivait parfaitement dans les politiques natalistes d’après Première Guerre mondiale où la natalité est un enjeu majeur. A partir de 1950, les logements sont donnés à la ville qui s’occupe des 140 pavillons de la cité. Aujourd’hui le quartier est administré par Habitation moderne, qui est un organisme d’habitations à loyer modéré. Les rumeurs d’un rachat du quartier par un investisseur privé en 2015 ont relancé la volonté de préserver ce patrimoine et la fonction de ces logements.

Adam Bouazza - Le Mans université

Références :

Paul-André Rosental, Destins de l’eugénisme, Le seuil, 2016.

Jean-François Gérard, “Hausses des loyers. Big bang social à la cité Ungemach”, Rue89, 18/11/2015.

 

Pour citer cet article : Adam Bouazza, "Ungemach", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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