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Pharmacie centrale

Fondée en 1852, la Pharmacie centrale de France marque la volonté des pharmaciens de contrôler le champ du médicament.Pharmacie centrale de France, vers 1877, arch. Seine Saint-Denis

Fondée en 1852, la Pharmacie centrale de France marque la volonté des pharmaciens de contrôler le champ du médicament.

 

   En 1852, le pharmacien parisien François-Laurent-Marie Dorvault (1815-1879) fonde avec 353 de ses confrères, une coopérative d’achat et de production de médicaments destinée à rivaliser avec les plus importantes maisons de droguerie du moment, comme la maison Menier. En ce milieu du XIXe siècle, de nombreux pharmaciens ont le sentiment que leur profession est menacée. La loi de 1803 établissant leur monopole sur la préparation, la vente et le débit du médicament n’interdit aucunement à des non diplômés de se livrer à la vente en gros. Dans la première moitié du XIXe siècle, les pharmaciens s’approvisionnent de plus en plus auprès de ces grossistes qui leur fournissent parfois des médicaments prêts à être vendus (spécialités). Les pharmaciens se retrouvent dans une situation de dépendance qui leur fait craindre une remise en question de leur monopole. 

 

   Si certains sont hostiles à l’industrialisation du médicament, y voyant le signal du déclin de leur activité de préparation et la disparition du laboratoire officinal, d’autres comme Dorvault pensent qu’elle est inévitable et qu’il faut la contrôler au risque d’être marginalisés. La Pharmacie centrale de France est ainsi établie sur des bases étroitement corporatistes. Elle n’admet comme actionnaires et comme clients que des pharmaciens diplômés. Gérée, administrée et contrôlée par des pharmaciens, l’entreprise garantit à ses clients des produits de qualité. 

 

   La Pharmacie centrale de France participe à l’unification du territoire. Elle se dote en effet d’un réseau de succursales (Lyon en 1853, Marseille 1869) et de factoreries (Bordeaux, Nantes, Rouen et Toulouse en 1853 ; Strasbourg, Bayonne et Lille en 1860 ; Rennes en 1861). Les premières jouissent d’une autonomie commerciale tandis que les secondes ne peuvent faire d’achat par elles-mêmes. Cette présence sur tout le territoire doit permettre à la Pharmacie centrale de diffuser ses produits et sa marque dans toutes les officines. L’entreprise participe aux expositions universelles nationale (Paris, 1855) et internationale (Londres, 1862). Il s’agit de faire connaître ses produits auprès du public. 

 

   La société connaît un véritable succès industriel et commercial. Le chiffre d’affaires passe de 400 000 francs en 1853 à un peu plus de 7 millions de francs au décès du fondateur en 1879. En 1867, la Pharmacie centrale rachète la branche droguerie de l’entreprise Menier et devient propriétaire de son usine de Saint-Denis. Les succès de la PCF poussent les dirigeants à grossir le capital de l’entreprise qui passe de 1 million de francs en 1852 à 10 millions dans les années 1880. 

 

   Le projet de Dorvault ne se réduit pas à une démarche strictement industrielle et capitaliste. L’entreprise joue ainsi un rôle majeur dans la structuration de la profession. Celui-ci cherche à fédérer les pharmaciens autour de l’institution. Les assemblées générales des actionnaires sont suivies par les assemblées des intérêts professionnels auxquelles tous les pharmaciens peuvent participer. Les projets d’une caisse de retraite et de prévoyance des pharmaciens (1853), d’une assurance contre les erreurs en pharmacie (1865/1866) ou d’une assurance sur la valeur des officines (1863/1864) y sont débattus. Si ces initiatives n’aboutissent pas, elles contribuent à renforcer l’unité du corps. Un journal est lancé, L’Union pharmaceutique (1860), qui se fait l’écho des thèmes de ces discussions, mais aussi des divisions qui traversent la profession. A cet égard l’Union joue un rôle majeur dans l’émergence d’un syndicalisme pharmacien. 

 

   Dans les années 1870, la Pharmacie centrale tend à rompre avec un certain nombre de principes. Préoccupés par les dividendes et les rendements, certains actionnaires encouragent le lancement d’une nouvelle gamme de produits : les hygiéniques (1874/1875). Destinés à des soins corporels et se rapprochant de la parfumerie, ces produits d’entretien sont très éloignés du médicament. Ils s’apparentent à des spécialités, c’est-à-dire à des produits prêts à être vendus. Leur commercialisation s’appuie par ailleurs sur une vaste campagne publicitaire qui déplaît à certains sociétaires. 

 

   Au décès de Dorvault, Emile Genevoix lui succède (1879-1890), puis Charles Buchet (1890-1923). L’entreprise poursuit sa croissance dans les années 1880-1890, malgré une concurrence de plus en plus vive. En 1900, la PCF emploie près de 630 personnes pour un chiffre d’affaires de 12 millions de francs. 

 

   Loin de défendre le laboratoire officinal, la Pharmacie centrale accompagne sa transformation en simple établissement de commerce accélérant le déclin du pharmacien préparateur. De plus en plus celui-ci devient un simple intermédiaire sur le marché du médicament tout en conservant malgré tout son monopole. 

 

Prolonger la lecture sur le dictionnaire : Homéopathie- Psychédélique- LSD

Nicolas Sueur - professeur d’histoire-géographie au lycée Saint-Charles (Marseille) - Chercheur associé au LARHRA.

Références :

Nicolas SUEUR, La Pharmacie centrale de France, une coopérative pharmaceutique au XIXe siècle, Tours, PUFR, 2017.

Berthe MORY, « Dorvault et la Pharmacie centrale de France », Revue d’histoire de la pharmacie, 245, 1980, p.79-89.

Pour citer cet article : Nicolas Sueur, "Pharmacie centrale", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2020.

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