WILLAN, Robert - BATEMAN, Thomas, Delineations of cutaneous diseases, Londres : Longman, 1817. Source : BIUM.
Le terme d’« eczéma » émerge dès l’année 1817. Dans le même temps, l’eczéma émerge progressivement comme un syndrome distinct grâce à l’approfondissement des savoirs médicaux et à la spécialisation croissante de la discipline dermatologique.
Plusieurs facteurs au XIXe siècle contribuent à la naissance de l’eczéma comme entité pathologique spécifique : le développement de la clinique, la multiplication des affections cutanées, et la structuration des disciplines médicales. Tout d’abord, le lit du malade devient un élément central de la pratique clinique comme le montre Michel Foucault dans son ouvrage La naissance de la clinique. L’observation des symptômes et du corps est au cœur de la naissance de la dermatologie moderne car la peau est un organe visible et accessible. Le regard clinique du médecin permet de séparer, identifier et classifier les maladies cutanées. C’est dans ce contexte que vont naître les spécialités médicales, d’abord dans le monde germanophone.
Ensuite, l’augmentation des affections cutanées a joué un rôle important dans la spécialisation médicale. De ce fait, l’augmentation est multifactorielle même si les causes exactes de ces maladies restent mal connues à l’époque. Aujourd’hui on sait que des facteurs comme la génétique, l’environnement, les irritants, les allergiques ou encore le stress affectent l’état de la peau. Mais ces éléments ne sont pas identifiés comme tels au XIXe siècle.
Enfin, un dernier facteur essentiel a été la séparation entre la médecine et la chirurgie. Pendant longtemps, ces deux domaines sont restés liés. Mais, à mesure que les connaissances médicales se précisent, la médecine tend à s’orienter vers l’observation, le diagnostic. Tandis que, la chirurgie se spécialise dans les interventions sur le corps. Cette distinction est accentuée par la complexité à traiter les nouvelles maladies. Elles sont souvent difficiles à soigner et nécessitent des compétences de diagnostic spécifiques. C’est un facteur déterminant dans la spécialisation dermatologique.
Le terme « eczéma » vient du grec ancien ἐκζέω (ekzéō), qui signifie « bouillonner » ou « jaillir ». Il est composé de ἐκ (ek) : « hors de », et de ζέω (zéō) : « bouillir ». C’est un syndrome au sens large, caractérisé par des lésions cutanées, des vésicules (petites bulles) qui semblent éclater à la surface de la peau. Cela donne lieu à un suintement, à la formation de croûtes, à une inflammation et à des démangeaisons. Bien avant le XIXe siècle, des textes médicaux anciens décrivaient déjà des affections cutanées ressemblant à l’eczéma, même si le terme n’était pas encore utilisé. Par exemple, Hippocrate (460–370 av. J.-C.) évoquait des déséquilibres des humeurs pouvant provoquer des inflammations et démangeaisons cutanées. De même, Avicenne (980–1037), philosophe et médecin persan, décrit dans son ouvrage Kitab Al Qanûn fi Al-Tibb (Le Canon de la Médecine) des pathologies de la peau marquées par la sécheresse et le prurit. Plus tard, Girolamo Mercuriale (1530–1606), médecin italien, parle dans son ouvrage De Morbis Cutaneis (1572) d’affections cutanées exsudatives.
C’est au début du XIXe siècle que le terme « eczéma » commence à être défini et utilisé dans un sens médical plus précis. On le trouve dès 1808 dans le premier volume de l’ouvrage On Cutaneous Diseases du médecin britannique Robert Willan. L’un de ses élèves, Thomas Bateman, poursuit ce travail en 1813 avec l’ouvrage A Practical Synopsis of Cutaneous Diseases. Ces deux médecins britanniques sont à l’origine de l’usage moderne du mot « eczéma ». Leur travail marque une étape essentielle dans la construction d’une dermatologie clinique : l’eczéma y est classé comme une « maladie vésiculaire », en fonction de l’apparence des lésions observées à la surface de la peau.
Cette approche est représentative du willanisme, une méthode qui cherche à identifier les lésions et qui classe les maladies de la peau en fonction de leur apparence. Ce médecin démontre que regarder de près et observer les détails des différentes formes de lésions était important pour classer les différentes maladies de la peau. Cependant, cette classification selon Jean-Louis Alibert (1768-1837), médecin français, ne permettait que des observations irrégulières : « on s’aperçoit aisément que les maladies chroniques du derme ont passé trop vite devant lui ». Les différentes maladies décrites vont pouvoir être identifiées selon une relative précision.
C’est dans ce contexte que la dermatite atopique commence à être envisagée comme une forme évolutive de l’eczéma. Sir Erasmus Wilson (1809–1884), dermatologue britannique, prouve que la dermatite atopique pourrait évoluer de l’enfance à l’âge adulte avec des lésions cutanées qui varient selon les phases de la maladie. Plus tard, Ernest Henri Besnier (1831–1909), médecin français, insiste sur l’atopie en tant que concept central. La maladie coexiste avec d'autres troubles allergiques. En 1923, Arthur Fernandez Coca et Robert A. Cooke ont introduit le terme « atopie », dans le Journal of the American Medical Association, pour décrire un ensemble de réactions allergiques telles que la rhinite allergique, l'urticaire et l'asthme. C’est ce qu’on appelle la triade atopique.
En 1952, un rapport publié par Marion Baldur Sulzberger (1895–1983) et Victor H. Witten (1916–2007), tous deux dermatologues, constitue un point important avec l’introduction de l’hydrocortisone pour traiter l’eczéma. C’est un corticostéroïde permettant d’atténuer l’eczéma, utilisé sous forme de crème, de pommade ou de lotion. Elle s’applique directement sur la peau et apporte un soulagement aux patients. Cependant elle s’accompagne de nombreux effets secondaires qui nécessitent un usage ciblé et limité. L’eczéma reste une maladie complexe qui est influencée par des facteurs génétiques, environnementaux et immunologiques.
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Références :
A.K. Jaworek et A. Wojas-Pelc. "History of Atopic Dermatitis – A Short Review from Ancient to Modern Medicine." Dermatology Review/Przegląd Dermatologiczny, vol. 104, 2017, p. 636–647.
Daniel Wallach, « Une approche historique de la pensée dermatologique », Revue française de psychosomatique, 2006/1 no 29, p.133-146.
Pour citer cet article : Tom Provost, "Eczéma" dans H. Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2026.