DicoPolHiS

Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Appareils dentaires

Photographie prise dans le laboratoire de prothèse, fin du XIXe siècle, album de photos de l’Ecole dentaire de Paris, Médica.

A partir du XIXe siècle, l’usage des appareils dentaires est étroitement lié à la politique de santé publique et à l’évolution de la pratique de la dentisterie en France. 

 

   En France, il faut attendre le XVIIIe siècle, avec l’essor de la chirurgie dentaire moderne, initiée par des savants comme Pierre Fauchard, pour que la dentisterie évolue d’une médecine traditionnelle à une médecine dite savante. Conformément à l’édit royal de 1699, l’art dentaire devient une discipline médicale autonome : la pratique est enseignée, pratiquée par des individus reconnus et les outils se spécifient. Seulement la pratique reste encore largement dominée par des empiriques. À partir de 1728, des appareils dentaires plus robustes et raffinés font leur apparition : produits à partir de matériaux chers comme la porcelaine et l’ivoire, ils sont plébiscités par les aristocrates et la haute bourgeoisie, principale clientèle des “experts pour les dents”. 

 

   L’influence de l'hygiénisme pousse les autorités à contrôler et à professionnaliser la pratique des soins dentaires. La loi du 19 Ventôse an XI (1803) et l’institutionnalisation de la profession de dentiste (la loi de 1892) permettent, malgré la forte opposition des médecins,  le développement de nouvelles spécialisations au sein de la dentisterie française : les chirurgiens dentistes, les orthodontistes et les mécaniciens-dentistes. Cette constellation de praticiens entraîne un accroissement des besoins en termes de matériels et d'outils de soins. 

 

   Pour répondre à la demande croissante d’outils pour les professionnels de santé, des industriels se sont lancés dans la confection d’appareils dentaires. C’est le cas de l’entreprise britannique Claudius Ash & Son dans les années 1820. Popularisée grâce aux Waterloo teeths (des appareils dentaires qui comportent des dents de soldats tombés à la bataille de Waterloo), l’entreprise familiale prend de l’ampleur et propose différents appareils dentaires dans leurs catalogues. L’entreprise participe à la généralisation des appareils fixes en métal, malgré leurs inconvénients (peu esthétique et inconfortable). La firme devient une industrie mondiale à partir de 1924, sous le nom de Trey & Company. 

 

   Les avancées scientifiques et technologiques dans le domaine médical favorisent la production d’une large gamme de modèles pour divers besoins. Les dents humaines et animales sont définitivement écartées pour des matériaux plus hygiéniques afin d’éviter les mauvaises odeurs, les frottements et l’usure. Par exemple, le modèle “osanore”, fait à partir d’os d'hippopotame, est petit à petit remplacé par d’autres matériaux plus confortables et esthétiques comme la céramique, le fil de fer, le métal, l’argent ou la vulcanite. De plus, le moulage et les premières radiographies à la fin du siècle permettent de créer des appareils dentaires sur-mesure pour les patients. 

 

   Tout au long du XXe siècle, l’orthodontie est de plus en plus sollicitée dans la politique de santé publique en France, notamment envers les enfants. Cette prise de conscience générale de l’importance de l’hygiène dentaire entraîne la démocratisation de l’usage d’appareils orthodontiques dans les années 1970. Ainsi, les appareils dentaires évoluent pour devenir des outils d’appoint et de prévention contre des pathologies dentaires et les malformations. Des gouttières et des appareils fixes et amovibles servent à corriger la position de certaines dents. L’usage de matériaux plus souple et discret, comme le plastique pour les aligneurs transparents, permettent d’apporter un certain confort aux patients. La prise de mesures est d’autant plus efficace avec les scanners et la modélisation 3D. Ce phénomène entraîne la création d’autres métiers autonomes, spécialisés dans la confection de dispositifs, comme les denturistes, les denturologistes, et les professionnels spécialisés dans les prothèses buccales amovibles.

 

   Depuis les années 2000, l’accessibilité pour tous aux soins dentaires devient un enjeu de santé publique en France. En effet, ils sont considérés comme un luxe, qui s’apparente souvent plus à des soins esthétiques qu’à des soins médicaux indispensables. Les milieux sociaux modestes sont les plus touchés pour des raisons économiques et d’accès. Ainsi, des campagnes de préventions (comme “M’T Dents”) et la réforme “100% santé” (prise en charge totale depuis 2020), montrent l’intérêt social pour la santé des dents.

 

Prolonger la lecture dans le dictionnaire : Sourire

 

Lucie Bachelot - Le Mans Université

Références :

Jacques Poirier et Françoise Salaun, Médecin ou malade ? : La médecine en France aux XIXe et XXe siècles, Paris, 2001.

Caroline Fauchet, La dentisterie de l’antiquité au XIXe siècle, Thèse de doctorat pour docteur en chirurgie dentaire de l’Université Côte d'Azur, 2021.

Pour citer cet article : Lucie Bachelot, "Appareil dentaire" dans Hervé Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2026.