DicoPolHiS

Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Héliothérapie

« Application de rayons concentrés avec la lumière artificielle de Finsen », Bibliothèque et musée historique des médecins, Université de Valence, Espagne, 1899.
La cure de soleil devient à la fin du XIXe siècle une pratique médicale en vogue  notamment contre la tuberculose. 

 

   Se soigner avec les rayons du soleil ? Alors que le soleil était initialement fuit par les élites, celles-ci viennent s’en  réapproprier ses vertus et la pratique devient rapidement la tendance du XIXe siècle, avant de  régresser vers les années 1950. Tout commence par l’émergence de l’univers naturiste dans l’espace culturel germanique. C’est en effet en Allemagne que le mouvement prend place, notamment par une éducation en plein air, prônée dès la fin du XIXe siècle. Ce système resta en marge des laboratoires, pharmacies et hôpitaux, à l’exception d’une pratique : l’héliothérapie.  

 

   Dès 1877, le biologiste anglais Arthur Downes et le chimiste allemand Thomas P. Blunt  constatent que la lumière du soleil est bactéricide. C’est toutefois en Suisse qu’est théorisé pour la première fois le bienfait thérapeutique du soleil. C’est  en observant les pratiques locales de séchage de la viande que Oskar Bernhard (1861-1939),  un médecin de montagne, commence à penser le soleil de son environnement comme traitement contre la tuberculose. Il est à la suite de ces travaux, nommé à plusieurs reprises au prix Nobel  de médecine entre 1920 et 193, mais sans en gagner aucun. 

 

   L’efficacité de la cure de soleil ne semble pas s’épanouir de la même manière  dans les villes. En effet, l’étouffement de la ville et son air jugé impur ne permettent pas jusqu’à  présent de penser la cure de soleil en milieu urbain. Mais le médecin danois Niels Ryberg Finsen (1860-1904) chercha une solution afin de guérir par le soleil, dans les villes. En 1893, il isole huit malades de la variole dans des locaux sombres, dont la seule lumière passe par des rideaux rouges, couleur lumineuse qu’il assimile à la maladie de la variole. La réussite de son expérience lui permet de constater que le soleil, comme la lumière électrique, limite les bactéries en développement sur la peau. Il créa une lampe électrique à arc voltaïque, le  Finsenlicht, permettant de soigner les infections cutanées, en particulier le lupus vulgaris (La Lumière, agent thérapeutique, 1900). Sur  cinq ans, il traita plus de 800 patients, dont plus de 50% des malades se sont rétablis, ou ont manifesté une amélioration. En 1903, il publia La lutte contre le Lupus vulgaris, démontrant la  réussite de ses travaux.  

 

   Alors que cette pratique semble faire l’unanimité, le naturopathe suisse, Arnold Rikli  (1826-1906) et ses cures de soleil, ont pourtant été l’objet de nombreuses controverses. Il n’est  pas médecin, mais affirme les bienfaits du soleil sur l’Homme, un don offert par la nature  environnante, qui lui donnera son surnom : le « docteur soleil ». Il s’essaie alors à soigner des  pathologies via des cures à base de galipettes dans l’herbe ou encore de séances de bronzage.  Son système attire de grands noms comme l’écrivain Franz Kafka, atteint de la tuberculose.  Rikli est pourtant critiqué par la médecine scientifique par ses manières de soigner, il est qualifié  de « docteur fou », et non plus de « docteur soleil », jusqu’à être assigné en justice. Lui-même  s’expose contre la médecine moderne : « Le peuple serait en bien meilleure santé si nous  n’avions pas de médecins ». Ses thérapies démontrent peu d’efficacité, il conduit même à la  mort certains de ses patients, surestimant ses compétences et le stade de la maladie soignée.  

 

   C’est sur la base d’expérimentations que l’efficacité de la cure de soleil contre la tuberculose va être démontrée, via l’ouverture de centres spécialisés dans l’héliothérapie, une  dérivavation des établissements hydrothérapiques. Le premier s’ouvre en 1862 en Allemagne : le  Gobersdörf. En Suisse, le premier établissement est ouvert en 1903 par Auguste Rollier (1874- 1954) dans le canton du Vaud. Sa « clinique du soleil » est tournée vers la tuberculose  extrapulmonaire, qu’il soigne en particulier avec des séances de bronzage. Selon Rollier,  l’héliothérapie va au-delà d’une thérapie ordinaire. En effet, il pense également possible de  soigner des éléments d’ordre psychologique et psychiatrique, pour finalement atteindre le  « bien-être ». Ses établissements vont se multiplier dans le pays, créant ainsi une « nouvelle  architecture ». En France, les solariums de Jean Saidman (1897-1949), inspiré du Finsenlicht de  Finsen, en sont l’exemple. En effet, il développe des solariums tournants, implantés  principalement en montagne. Les patients s’installent sous des lentilles, qui conduisent le soleil  vers le malade. Cependant, ses établissements sont détruits sous l’occupation nazie, le seul  encore visible se situant à Jamnagar, en Inde (1933). 

 

   Aujourd’hui, soigner par le soleil revient dans les pratiques, tandis que les effets  négligeables des rayons UV sont bien connus. La dépression saisonnière se voit améliorée par la luminothérapie, une lumière artificielle imitant l’efficacité du soleil sans en avoir les inconvénients. 

 

Prolonger la lecture dans le dictionnaire : Tuberculose

Anaë Robert - Le Mans Université

Références

Daniel Siret, Rayonnement solaire et environnement urbain : de l’héliotropisme au  désenchantement, histoire et enjeux d’une relation complexe, Développement Durable et  Territoires, dossier Santé et Environnement, Vol.4, n°2, 2013.

Cécile Raynal ; LEFEBVRE, Thierry, Des villas pivotantes aux solariums tournants,  Histoire Urbaine, Société française d’histoire urbaine, 2014/3, n°41, p. 105-120. 

 

Pour citer cet article : Anaë Robert, "Héliothérapie" dans H.Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2025.