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Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Kinésithérapeute

Dès le XVIe siècle, des praticiens expérimentent le redressement des membres en prenant le nom de « rebouteur ». Au XIXe siècle, les professionnels de cette pratique se nomment « masseurs » ou « gymnastes ». Ce n’est qu’en 1847, qu’un gymnaste suédois, du nom de « Georgi » va donner naissance au mot « kinésithérapeute » qui ne sera utilisé qu’au XXe siècle.

Soigneur-masseur sportif, photographie de Jules Beau, 1903 - Bibliothèque nationale de France.

Dès le XVIe siècle, des praticiens expérimentent le redressement des membres en prenant le nom de « rebouteur ». Au XIXe siècle, les professionnels de cette pratique se nomment « masseurs » ou « gymnastes ». Ce n’est qu’en 1847, qu’un gymnaste suédois, du nom de « Georgi » va donner naissance au mot « kinésithérapeute » qui ne sera utilisé qu’au XXe siècle.

   Le XIXe siècle est marqué par la Révolution Industrielle et les guerres napoléoniennes et avec elles le développement des accidents du travail et des mutilés. Certains praticiens se spécialisent dans les gestes qui permettent la remise en place de l’appareil locomoteur du corps comme les os, les tendons, les articulations, afin de rendre au corps dévié sa forme normale. Dans cette optique, le massage peut être couplé à d’autres types de thérapies - hydrothérapie, électrothérapie, hypnotisme et magnétisme - qui étaient aussi à la mode dans le traitement des troubles nerveux.

 

   Ces actes sont à l’origine effectués par des spécialistes qui ne sont pas médecins. En effet, cette pratique est considérée comme trop vulgaire pour être confiée à la profession médicale. La société du XIXe siècle, aux mœurs conservatrices et à l’attitude prude, associe parfois la manipulation du corps à une pratique sexuelle. Le corps médical estime également que les masseurs sont ignorants des principes d’hygiène et d’anatomie enseignés à la Faculté. C’est pourquoi, la pratique du massage est seulement assumée par des infirmiers. Qui du détenteur de la théorie ou du praticien est le plus légitime à intervenir sur ces corps ? Les facteurs professionnels  sont importants pour comprendre les résistances au développement médical de ce type de pratiques. En effet, les médecins exercent une forte défense de leur diplôme et de leur monopole médical, concrétisée par la loi de 1892 qui leur attribue à nouveau l’exclusivité de la pratique des soins, massage inclus. Cependant, peu d’entre eux possèdent une double connaissance théorique et technique.

 

   Pourtant, la gymnastique thérapeutique s’est développée avec l’aide de plusieurs médecins, aussi hommes de lettres comme Samuel Auguste Tissot ou Nicolas Andry de Boisregard qui démontrent que la gymnastique, dès l’enfance, permet d’éviter certaines infirmités à l’âge adulte. La loi « George » de 1880 rend la gymnastique obligatoire dans les écoles primaires publiques de garçons. Puis, Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique va étendre cette loi aux filles par décret, mais ce dernier ne sera jamais appliqué. Il faudra attendre 1924, pour qu’un second décret soit adopté sur ce sujet. Néanmoins, face aux résultats bénéfiques de cette pratique, des gymnases sont ouverts dans les hôpitaux, puis, petit à petit, dans les villes. 

 

   C’est dans ces lieux que sont exercées plusieurs techniques thérapeutiques. Tout d’abord, celle du massage qui est souvent associée à la pratique des frictions pour assurer une guérison complète mais aussi, avec le développement industriel, l’utilisation de la mécanothérapie. Les machines viennent se substituer aux maîtres de gym, dans un système de leviers et de force permettant d’effectuer une série de mouvements. Cependant, cette pratique est très critiquée. En effet, dans cette société à la morale stricte, la population souhaite que le massage soit exercé par des hommes. Or, ces derniers sont très peu représentés dans les tâches « extra-médicales » qui sont majoritairement effectuées par des femmes. En effet, en tant qu’assistantes majoritaires dans les hôpitaux, on leur confie la tâche du massage en raison de leur bienveillance mais surtout de leur soumission au médecin. De plus, les patientes préfèrent voir des femmes car le massage est encore signe de prostitution. 

 

   On constate rapidement une pénurie d’individus capables d’effectuer ces manipulations, ce qui est un des facteurs de la délicate diffusion du massage en France. Cependant, une catégorie de personne va se démarquer dans cette pratique. Les aveugles, par leur handicap, sont rejetés par de nombreuses professions mais la finesse de leur toucher et leur discrétion forcée va leur permettre d’exceller dans ce domaine et va venir combler ce problème récurrent de pudeur. En effet, ces derniers possèdent une mémoire et une image tactile qui leur permet d’effectuer de manière précise les mouvements. Peu à peu, ils vont détenir le monopole du massage à tel point que le mot japonais « amma », qui veut dire « massage », va être utilisé pour désigner les aveugles. Cependant, ils restent assujettis aux médecins. 

 

   Ce monopole du massage maintenu par les médecins va être très critiqué par les masseurs, qui, eux, possèdent la technique et qui ne sont toujours pas reconnus comme professionnels. C’est pourquoi, le 5 janvier 1900, une nouvelle société médicale se crée à Paris 5e, à « L’hôtel des sociétés savantes » sous le nom de « Société de kinésithérapie », qui va permettre d’élever le statut des masseurs à ceux des médecins.  Puis le 17 novembre 1924, est créé le premier syndicat des masseurs en France ainsi que le diplôme de masseur, concomitant avec celui du brevet d’infirmier. Ce dernier est créé sous l’action conjuguée des aveugles et des responsables d’écoles comme « l’Ecole française d’orthopédie et de massage » (EFOM) ou « l’Ecole pratique de magnétisme et de massage ».  Puis, le 30 avril 1946, le diplôme d'État de masseur-kinésithérapeute est créé en France et se substitue à la spécialité d'infirmier-masseur et aux gymnastes médicaux.  Ce diplôme doit permettre de contribuer à la reconstruction sanitaire du pays, post Seconde Guerre Mondiale. Enfin, la loi de santé publique du 9 août 2004 consacre l’ordre des masseurs-kinésithérapeutes. 

 

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Emma l’Hour - Master droit de la santé - LE Mans Université

Références :

Jacques Monet, La naissance de la kinésithérapie, éditions Glyphe, 2006.

Jacques Monet, « Naissance de la kinésithérapie et de la physiothérapie. L’émergence des instituts de rééducation (1880-1915) », Journal de Réadaptation Médicale : Pratique et Formation en Médecine Physique et de Réadaptation, Décembre 2010, pages 167-176.

Pour citer cet article : Emma Lhour, "Kinésithérapeute" dans H. Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2026.