Archives départementales du Val-de-Marne, 8Fi 97 : vue aérienne de la Maison de Charenton
Cette notice fait suite à une première notice sur la Maison de Charenton, et en précise l’histoire aux XIXe, XXe et XXIe siècles.
Après l’administration religieuse des Frères de la Charité de l’Ordre de Saint Jean de Dieu, établie par suite du don fondateur de Sébastien Leblanc en 1641 et à l’obtention des terres de la Seigneurie de Charenton par lettre patente du roi en 1767, l’administration laïque est installée en 1797. La Maison est sous tutelle directe du ministère de l’Intérieur, chargée du soin exclusif des « aliénés », comme « preuve de la sollicitude du Gouvernement pour une classe malheureuse ». Les archives indiquent une continuité entre les deux administrations, concernant l’accueil spécialisé des « insensés » qui faisait la renommée de l’ordre des Frères, ou concernant l’administration des biens fonciers poursuivie par l’administration nouvelle grâce aux actes et baux établis par les Religieux. Au premier XIXe siècle et notamment avec la monographie publiée par Jean Etienne Esquirol, célèbre médecin en chef, un récit s’impose qui établit le progrès scientifique en rupture avec l’obscurantisme de l’administration religieuse, et le statut de la Maison de Charenton comme modèle pionnier de l’aliénisme vainqueur. Parallèlement, des organisations et des tris soigneux dans les archives, ainsi que l’extraction régulière de certains documents cités dans des publications, prolongent tout au long du XIXe siècle cette narration choisie.
Tout au long du second XIXe siècle et au premier XXe, malgré la célébrité de certains médecins (Calmeil, Foville, Ritti..), la Maison a mauvaise presse. Des affaires de séquestrations relayées dans les journaux, l’état insalubre des locaux relevé dans les inspections, les travaux interminables grèvent sa renommée. En effet si à partir de 1838, de grands travaux doivent aussi faire de la Maison de Charenton le modèle architectural de l’asile, inscrivant dans la pierre son rôle fondateur, les travaux ne sont achevés qu’à l’aube du XXe siècle : de là toute une réalité sociale d’un asile en chantier - avec des difficultés financières récurrentes et une certaine diminution de prestige.. L’administration peine à limiter la baisse des admissions de 1ere et 2eme classes par rapport à la moins rentable 3e classe. L’hôpital du Canton, dédié aux indigents et perpétuant la condition initiale du legs de Sébastien Leblanc, est déficitaire et plombe les finances générales malgré la mise en place d'admissions payantes. En plus de l’impression de différentes brochures, de belles photographies et d’une présentation à l’Exposition Universelle de 1900, l’administration propose comme stratégie publicitaire de renommer l’établissement Maison de Santé en 1903. Les prix des pensionnats sont régulièrement augmentés et les lits dédiés à la 3e classe diminués, au risque de perdre des pensionnaires et sans résultats financiers satisfaisants. La laïcisation et la professionnalisation du personnel et les lois du travail du début XXe siècle entraînent de nouveaux coûts salariaux qui grèvent le budget général.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, pendant laquelle la célèbre aliéniste Constance Pascal est employée pour pallier l'absence d'un médecin, la Maison de Charenton débute l'année 1919 déficitaire, notamment à cause d'une indemnité de vie chère à attribuer aux employés en sortie de conflit. Son statut d’Etablissement National de Bienfaisance garantit l’intervention de l’Etat dans cette situation, et le nouveau ministère de la Santé décide en 1920 une restructuration générale de l’établissement psychiatrique et de l’Hôpital du Canton en Maison Maternelle Nationale et Maternité cantonale. Malgré le décret, la psychiatrie y continue durant des décennies, notamment sous la direction du médecin Henri Baruk. Le tout dans un flou administratif faisant que toutes les archives sont étiquetées « Maison Maternelle Nationale », qu’elles relèvent des services de psychiatrie ou des services de maternité qui se partagent l’établissement.
La Maison Maternelle déménage au Vésinet dans les années 1950 et d’important travaux « d’humanisation » débutent dans l’hôpital renommé Etablissement National de Bienfaisance de Saint-Maurice, juste avant que la sectorisation ne mette fin au statut national de l’établissement et ne le rattache aux secteurs psychiatriques du sud parisien et du Val-de-Marne. L’établissement devient l’Hôpital Esquirol, avec des pôles de jours implantés dans les villes et des systèmes de visites à domiciles permettant la psychiatrie hors des seuls murs du vieil asile. En 2011, l’hôpital fusionne avec son voisin, l’Hôpital de Saint-Maurice, ancien Asile de Vincennes, en Hôpitaux de Saint-Maurice, et en 2023 ils fusionnent avec l’hôpital psychiatrique Les Murets, formant aujourd’hui les Hôpitaux Paris-Est Val-de-Marne.
Prolonger la lecture dans le dictionnaire : Maison de Charenton
Références :
Adeline Fride, Charenton ou la chronique de la vie d'un asile de la naissance de la psychiatrie à la sectorisation, Thèse de doctorat en psychologie, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et Université Paris 5, 1983.
Agathe Meridjen-Manoukian, « Introduction historique aux archives de la Maison de Charenton - Hôpital Esquirol », Inventaire du fonds d’archives de la Maison de Charenton - Hôpital Esquirol, Archives départementales du Val-de-Marne, 2025. (Thèse en cours de préparation à l’Université Paris Nanterre).
Voir l’exposition consacrée à la maison de Charenton.
Pour citer cet article : Agathe Meridjen-Manoukian, "Maison de Charenton 2" dans Hervé Guillemain, DicoPolHiS, Le mans Université, 2026.