Carte postale – « Chiens ambulanciers pendant la guerre 1914-1918 », Le Mans, 27 avril 1917.
En temps de guerre, les ambulanciers sont des personnels de santé spécialement formés pour assurer les premiers secours et le transport des blessés dans des contextes de conflit armé. Sur le champ de bataille, leur mission essentielle est de stabiliser les blessés et de les évacuer vers des structures de soin. Ils agissent sous l’égide des services de santé militaires ou d’organisations comme la Croix-Rouge, incarnant un rôle souvent méconnu mais fondamental pour la survie des soldats blessés.
L’évolution du métier d’ambulancier est étroitement liée aux changements dans la façon de mener la guerre et aux progrès médicaux. Au fil des siècles, les pratiques des ambulanciers se sont transformées pour répondre aux nouveaux défis des conflits armés. Pendant les guerres napoléoniennes, sous l’impulsion de médecins comme Dominique-Jean Larrey, médecin en chef des armées de Napoléon, des services de santé plus structurés voient le jour. Larrey met en place les premiers « hôpitaux volants » et introduit des ambulances mobiles tirées par des chevaux pour transporter les blessés rapidement vers des postes de secours.
La guerre de Sécession, de 1861 à 1865, voit l’utilisation à grande échelle d’ambulances hippomobiles et la mise en œuvre d’équipes médicales mobiles. Ces innovations montrent l’importance d’une intervention rapide pour la survie des soldats. Durant la Première Guerre mondiale, les ambulanciers jouent un rôle de plus en plus central. Les ambulances motorisées permettent d’évacuer les blessés plus rapidement. Il est nécessaire de citer Marie Curie qui met en place des ambulances radiologiques mobiles, surnommées les « Petites Curies ». Ces véhicules permettent de radiographier les soldats directement sur le front, facilitant le diagnostic et réduisant les risques de complications. En outre, la méthode du triage, introduite à cette époque, vise à catégoriser les blessés selon la gravité de leurs blessures pour optimiser les soins disponibles. Dans les tranchées, des infirmières militaires comme Edith Cavell prennent en charge les blessés dans des conditions souvent précaires, faisant preuve de courage et de dévouement.
La Seconde Guerre mondiale marque un tournant supplémentaire, avec une professionnalisation accrue des ambulanciers et des innovations médicales, telles que l’utilisation de la pénicilline et des transfusions sanguines sur le terrain, qui augmentent considérablement les taux de survie. Les infirmières militaires et les secouristes jouent également un rôle crucial dans les tranchées, intervenant parfois en première ligne pour apporter des soins d’urgence.
Enfin, dans les conflits modernes, les avancées technologiques comme les hélicoptères pour l’évacuation rapide et les équipements médicaux portatifs, ainsi que les conventions internationales, influencent fortement le travail des ambulanciers. Comme ceux de la Croix-Rouge, déployés dans les zones de conflit pour fournir des soins d’urgence, mettant en application les conventions internationales sur la protection des personnels soignants.
En théorie, les ambulanciers bénéficient d'une protection spéciale en vertu des conventions internationales, notamment la Convention de Genève de 1949 et ses protocoles additionnels. Ces textes, établis après les ravages de la Seconde Guerre mondiale, visent à garantir la neutralité des personnels soignants en situation de guerre. Cependant, dans la pratique, cette protection reste souvent théorique. La distinction entre civils et militaires s’est complexifiée dans les conflits modernes, en particulier depuis la Guerre du Vietnam, où des guérillas et des opérations non conventionnelles ont brouillé les lignes traditionnelles entre combattants et non-combattants. Les ambulanciers sont donc fréquemment exposés aux dangers des combats et deviennent des cibles, malgré leur neutralité.
Durant les grands conflits historiques, les politiques de formation des ambulanciers visaient à former rapidement des secouristes pour répondre aux besoins massifs des champs de bataille. Des programmes accélérés, parfois en quelques semaines, leur enseignaient les techniques de base de secourisme, le triage des blessés et les soins d’urgence sous pression. Avec l'intensification des blessures de guerre, des centres de formation spécialisés ont été créés pour préparer les ambulanciers aux traumatismes complexes et aux évacuations en milieu hostile, posant ainsi les fondements de la médecine d’urgence moderne en zone de combat.
Les pratiques des ambulanciers pendant les guerres ont eu un impact durable sur les systèmes de santé civils, influençant la gestion des urgences dans le monde entier. Le triage, les ambulances mobiles et d’autres innovations mises en place sur le champ de bataille sont devenues des normes dans les services de secours civils. Les progrès réalisés en contexte de guerre ont permis d’améliorer considérablement la prise en charge des urgences en temps de paix, contribuant à la modernisation des services de secours hospitaliers et ambulanciers dans de nombreux pays.
Prolonger la lecture sur le dictionnaire : Droit aux soins- Croix rouge
Références :
Rigaud Serge, La médecine au front : médecins et infirmières pendant la Première Guerre mondiale, Presses Universitaires de France, 2004.
Taithe Bertrand, La médecine de guerre : le soin des corps blessés au XXe siècle, Belin, 2009.
Pour citer cet article : Aktar Mehvis, "Ambulanciers de guerre", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2025.