Campagne de circoncision à Abidjan en Côte d’Ivoire en 1997 pour prévenir la transmission du VIH
Pratique qui remonte à l’Antiquité, la circoncision (circumcisio en latin) consiste en l’ablation totale ou partielle du prépuce. Cette pratique ancestrale est marquée par de nombreux débats et polémiques au sein des sociétés. Le tournant de la pratique vers le domaine médical a lieu à la fin du XVIIIe siècle dans le monde occidental. Ce tournant est alimenté par la préoccupation des médecins à l’encontre du phénomène de la masturbation qui touche les adolescents et les adultes, hommes comme femmes. En effet dès le XVIIe siècle, les médecins s’accordaient à dire que la masturbation représentait un véritable fléau sanitaire. De grands médecins se sont emparés de la question et notamment Samuel Auguste Tissot dans son ouvrage de 1758 Testamen de morbis ex manustupratione (L’Onanisme. Dissertation sur les maladies produites par la masturbation (1760)). Tissot dans son ouvrage ouvre la porte à la circoncision comme solution pour lutter contre les phénomènes masturbatoires.
Ce sont les médecins britanniques qui se sont ensuite lancés dans la chasse aux prépuces. En effet, selon les nombreux diagnostics établis par les médecins, le prépuce est désigné comme le principal responsable de toutes ces dérives. Le prépuce est perçu comme un symbole de plaisir et d’érotisme que les médecins veulent éliminer. Ils le considèrent comme la principale cause qui amène les garçons à la masturbation. Cette transgression des mœurs de la société vis à vis de la société très imprégnée par la religion avait influencé le monde médical et désigné le coupable de ces dérives. À partir de ce moment, la masturbation sort du cadre religieux, où elle était vue comme une faute spirituelle, pour entrer dans le domaine médical, où elle est désormais interprétée comme une pathologie. De la même manière, les traitements évoluent et délaissent les approches religieuses au profit d’interventions chirurgicales et médicales.
C’est dans les années 1830 que le chirurgien français Claude François Lallemand (1790-1854), disciple de Tissot, commence à préconiser la circoncision comme remède préventif à la masturbation mais pas seulement. Car on perçoit une évolution de l’argumentation des bienfaits de cette pratique. Dans les années 1850 on utilise la circoncision comme argument pour lutter contre la syphilis mais pas uniquement. Le médecin Lewis Sayre (1820-1900) a réalisé différents exploits médicaux grâce à la circoncision. En effet, il affirme avoir soigné grâce à cette pratique un garçon de cinq ans touché par une paralysie des deux jambes. Lewis Sayre justifie cette opération de la manière suivante : libérer son gland et son pénis a permis de calmer son système nerveux. Suite à cette opération l’enfant a de suite vu son état s’améliorer, deux semaines après il réussissait à marcher de nouveau. Il est intéressant de s’interroger sur la véracité de ces faits. Ce médecin avait décrit le même processus de guérison avec un adolescent dont le père avait reconnu que son fils se masturbait. Les résultats furent selon lui tout aussi extraordinaires. On peut remettre en cause ces témoignages et ces affirmations mais il est surtout bon de comprendre à travers ces différents éléments que la circoncision était une pratique que les médecins utilisaient pour guérir tout type de problème médical.
De la fin du XIXe siècle jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, la pratique est utilisée pour guérir l’épilepsie, les hernies, les désordres mentaux, la syphilis ou même la tuberculose. La circoncision s’étend donc progressivement. Pour autant dans cette période, on ne s’interroge pas vraiment sur l’éthique de la pratique. En effet, l’objectif est d’intervenir sur des patients sains. Peu de voix s’élèvent dans ces périodes pour mettre en doute l’effet de cette pratique chirurgicale sur des patients souvent sains. Pourtant c’est à partir des années 1980 avec l’arrivée du sida dans les sociétés du monde entier que la pratique est de nouveau utilisée et aussi décriée. L’OMS dans les années 1980 a reconnu la circoncision comme un moyen de lutter contre le sida. Selon l’OMS, le fait de faire une opération de circoncision pouvait baisser le risque de contamination de la femme à l’homme de 60 %. On voit donc apparaître par exemple en Afrique de nombreuses campagnes de promotion de la circoncision. Finalement, la campagne de circoncision promue par l’OMS ne s’est révélée d’aucune efficacité réelle pour freiner la propagation du sida à l’échelle mondiale.
Tout cela témoigne surtout d’un conflit important autour de cette pratique. La circoncision est aussi et surtout une pratique sociale importante. Sa perception et son utilisation varient selon les sociétés et les individus. De nombreuses polémiques mais aussi des débats ont pu naître quant à cette pratique. Avec une diffusion importante jusque dans les années 1950 aux États-Unis et en Afrique, la pratique est marquée par un coup d’arrêt majeur en Europe. Suite à de nombreux décès de nouveaux-nés circoncis, la pratique est éliminée en Grande Bretagne des procédures agréées par le National Health Service. De même, la pratique est vivement critiquée par un important mouvement activiste au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Des mouvements pour l’intégrité génitale naissent et parlent de mutilation des corps et d‘une atteinte majeure à l’intégrité de l’homme. C’est le cas notamment dans les manifestations LGBT durant lesquelles on parle d’une violation du prépuce à travers cette pratique. On voit donc au sein de ces mouvements des formes de manifestations anti-circoncision. Aujourd’hui la pratique est présente dans le monde entier mais son utilisation est justifiée par différentes causes.
L’histoire de la pratique médicale de la circoncision reste malgré tout peu connue et peu travaillée par les historiens. La circoncision féminine qui consiste en l’ablation du clitoris, est un axe de recherche très peu mis en valeur par les historiens et médecins voir même oublié.
Prolonger la lecture dans le dico : Clitoris
Références :
Roland Tomb, Histoire de la circoncision, Que sais-Je, Paris, 2022.
Simon Auslander, La lamentation du prépuce, Paris, Belfond, 2008.
Pour citer cet article : Benjamin Dupont, "Circoncision" dans H. Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2026.