Gall expliquant sa théorie de la phrénologie, Thomas Rowlandson, 1808, welcome Collection.
Au cours de la pandémie de COVID-19 en France est apparue la figure de Didier Raoult. Microbiologiste spécialiste des maladies infectieuses et directeur de l’IHU Méditerranée Infection, Didier Raoult est devenu une personnalité médiatique de premier plan. Il est invité sur tous les plateaux télés pour défendre son traitement à base d’hydroxychloroquine, et devient un sujet de crispation au sein de la classe politique. Ce n’est pas la première fois qu’un médecin acquiert une notoriété médiatique et politique en France. En effet, dès le XIXe siècle, Franz Gall jouissait d’un rôle public de premier plan. Gall est un médecin à l’origine de la phrénologie. Cette théorie prétend localiser dans certaines parties du cerveau des fonctions cérébrales différentes. Selon les phrénologistes, ces capacités influent sur la forme du cerveau, et par conséquent sur celle du crâne. En touchant le crâne d’une personne, ils estiment ainsi pouvoir en déduire ses traits de caractère.
Franz Joseph Gall est né en 1758 en Allemagne. A 19 ans, il choisit d’étudier la médecine, et entre à l’université de Strasbourg, avant de terminer ses études à Vienne. Au cours de ses études, il se lie d’amitié avec des médecins prestigieux de l’époque, et commence à écrire. Gall devient ensuite professeur, et offre à partir de 1796 des cours sur la physiologie du cerveau. C’est à partir de 1800 qu’il développe sa théorie de la phrénologie, d’abord appelée crânioscopie. Il se rapproche à ce moment de Johann Gaspar Spurzheim, qui devient son bras droit, et l’aide à faire diffuser sa théorie. En 1808, il est contraint de quitter l’Autriche, car ses idées sont jugées incompatibles avec les valeurs morales de l’Empire. Il se réfugie donc en France, où le climat post-Révolution favorise l’émergence d’idées et de sciences nouvelles. Gall retrouve donc sa liberté, et décide de s’installer à Paris.
Arrivé à Paris, Gall se fait rapidement connaître. Les cours privés qu’il donne se transforment en des conférences ouvertes à tous, accueillant jusqu’à 300 personnes. Le caractère clivant de sa théorie participe à sa renommée, puisqu’il devient l’objet de polémiques dans la presse et de pièces de théâtre. En plus de ses conférences, Gall se donne également en spectacle dans de nombreux dîners privés. Ainsi, le poète Ernest Legouvé raconte que lorsqu’il avait six ans, Gall lui avait tâté le crâne lors d’un de ces dîners. Devant les invités, Gall aurait deviné la future profession de Legouvé : « Cet enfant-là sera le fils de son père… Il fera des vers. Je ne dis pas qu’ils seront bons mais il ne fera que cela ». Gall passe donc de médecin à homme de spectacle.
Cette notoriété dépasse rapidement le cadre des salons privés. En effet, des personnages importants accourent pour assister aux conférences de Gall qu’il donne dans sa maison de campagne à Montrouge, à proximité de Paris, dès 1808. On retrouve parmi cet auditoire des médecins, mais aussi des artistes, des hommes politiques ou des philosophes. Ces personnes contribuent ensuite à faire diffuser la phrénologie, et à faire connaître Gall. De plus, la phrénologie devient également un enjeu politique important. En effet, sous la Restauration, alors que les valeurs issues de la Révolution sont fragilisées, la phrénologie attire ceux qui continuent de les défendre. En tant que science nouvelle en rupture avec les pratiques traditionnelles, elle incarne à leurs yeux un prolongement de ces idéaux. Ainsi, les conférences données par Gall servent de prétexte aux oppositions notamment libérales et bonapartistes pour se retrouver. La science de Gall devient donc un objet de contestation politique.
Si les oppositions se retrouvent autour de Gall, les sociétés de médecine établies ne se gênent pas pour critiquer ouvertement sa science. En effet, certains médecins utilisent les journaux pour dénoncer une science décrite comme fataliste. Le Journal des débats parle ainsi d’une science qui « marche sur une ligne étroite entre l’odieux et le ridicule ». Gall lui-même n’échappe pas à ces critiques. Ainsi, Chateaubriand rapporte qu’au cours d’un dîner où il se produisait, Gall était la proie de moqueries de la part des invités : « Le célèbre Gall […] dîna près de moi sans me connaître, se trompa sur mon angle facial, me prit pour une grenouille et voulut, quand il sut qui j’étais, raccommoder sa science d’une manière dont j’étais honteux pour lui ». Ces critiques et controverses s’expliquent par la nature de la phrénologie, qui est remise en cause par la plupart des médecins.
A la mort de Gall en 1828, la phrénologie ne cesse pas d’exister. Elle connaît au contraire son âge d’or dans les années 1830. La phrénologie est désormais portée par les anciens disciples de Gall, notamment François Broussais, qui crée en 1831 la société phrénologique de Paris. La phrénologie est alors enseignée dans les universités de médecine, et pratiquée sur de nombreux cas. Elle décline cependant à partir des années 1840. En effet, les derniers soutiens de cette théorie meurent, et elle est progressivement décrédibilisée par des médecins qui remettent en cause sa légitimité scientifique.
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Références :
Mars Renneville, Le langage des cranes : histoire de la phrénologie, Paris, La découverte poche, 2020.
Olivier Faure, « Le surgissement de médecines « révolutionnaires » en France (fin XVIIIe - début XIXe siècle) : magnétisme, phrénologie, acupuncture et homéopathie », Histoire, médecine et santé, n°14, 2018.
Pour citer cet article : Ilan Duval, "Gall Frantz"dans H. Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2026.