1ère de couverture de La Revue Herboristique de novembre 1931, Bibliothèque Nationale de France, Gallica.
À la veille de la loi de 1941, le métier d'herboriste en France était en pleine mutation. La révolution industrielle avait transformé la société d'une structure agraire et artisanale à une structure industrielle et urbaine, influençant ainsi les pratiques médicales et thérapeutiques puisque l’augmentation du nombre d’habitants dans les villes a rendu nécessaire l’amélioration du système de santé afin de répondre aux besoins grandissants de la population.
Le métier d’herboriste, quant à lui, était reconnu en France depuis la loi du 21 Germinal An XI (11 avril 1803). Ils avaient pour mission principael de conseiller mais également de préparer des remèdes à base de plantes. La révolution industrielle amène donc les populations à se tourner d’abord vers les herboristes, qui proposent des produits moins chers, plutôt que vers les pharmaciens, dont les remèdes sont plus coûteux. Au siècle suivant, les pharmaciens, voyant leur clientèle rétrécir, commencent à voir les herboristes comme des concurrents directs et déloyaux, en les accusant de vendre leurs services moins chers afin d’attirer davantage de clientèle.
C’est cette rivalité entre les deux professions qui a préparé le terrain de la loi du 11 septembre 1941 promulguée sous le régime de Vichy, loi qui a été un tournant historique pour l'herboristerie en France. En effet, cette loi est venue supprimer le diplôme d'herboriste en transférant le monopole de la vente des plantes médicinales aux pharmaciens. Suite à cette loi, les herboristes déjà diplômés ont cependant pu continuer à exercer jusqu'à leur mort même si aucune nouvelle certification n'a été délivrée par la suite.
Malgré les tensions entre les pharmaciens et les herboristes, il n'est pas possible d'affirmer qu'ils ont exercé une quelconque pression sur le gouvernement de Vichy, en effet la loi de 1941 vient s’inscrire dans un contexte plus large de réorganisation du système de santé. Le gouvernement de Vichy acte la suppression de cette profession principalement en raison des préoccupations concernant la qualité et la sécurité des remèdes à base de plantes mais également dans une volonté de rationner les ressources et de contrôler le secteur de la santé publique.
Cette suppression a eu plusieurs conséquences majeures pour les herboristes. Certains ont continué à exercer sous le statut de "paysans-herboristes", cultivant et vendant des plantes sans pour autant donner de conseils médicaux. Tandis que d'autres ont intégré des réseaux de magasins spécialisés comme les herboristeries traditionnelles, où l'herboristerie représentait une part importante du chiffre d'affaires. Les derniers ont pris le parti de profiter du flou juridique entourant leur statut pour continuer à exercer en vendant les plantes en dehors du monopole pharmaceutique.
Après la guerre, les herboristes ont tenté d'avancer plusieurs arguments pour tenter de faire abroger cette loi. Ils ont notamment souligné l'importance de l'herboristerie comme savoir ancestral et médecine populaire, distincte de la pharmacie moderne avançant l'idée que les deux professions devaient coexister afin d'apporter les meilleurs soins possibles. Sur cette même idée, ils ont également mis en avant la nécessité de préserver la diversité des pratiques thérapeutiques et de garantir un accès plus large aux soins à base de plantes.
Cette bataille des anciens herboristes n'a eu aucun effet puisque leurs espoirs que le métier soit rétabli après la guerre n'a pas abouti. En revanche, on voit tout de même dans les années 1980 naître des écoles privées d'herboristerie qui permettent la transmission des savoirs en créant des formations (non diplômantes) accessibles à tous ceux qui sont intéressés par les plantes médicinales. Ces écoles permettent ainsi une certaine pérennité de cette pratique malgré une absence de reconnaissance officielle et donc toujours une impossibilité d'exercer le métier d'herboriste.
On voit également apparaître de nombreux textes de lois qui libèrent, au fur et à mesure, les plantes médicinales du monopole pharmaceutique permettant ainsi leur vente et utilisation en dehors du circuit pharmaceutique. Ce phénomène s’explique par une reconnaissance de la sécurité de ces plantes ainsi que par la volonté croissante de la société d'utiliser des produits naturels et locaux. On peut ainsi citer parmi ces textes, le décret numéro 79-840 du 15 juin 1979 qui vient libérer 34 plantes ou encore le décret numéro 2008-841 du 22 août 2008 qui a élargi la liste aux 148 plantes aujourd'hui disponibles.
Actuellement, le métier d'herboriste n'est pas encore rétabli en France, contrairement à d'autres pays européens. D'un côté, on trouve la Suisse et l'Allemagne, où le métier est pratiqué sans être reconnu. En Suisse, il n'existe pas de certification officielle et la pratique est surveillée par les pharmaciens cantonaux. En Allemagne, les herboristes sont assimilés aux "Heilpraktiker (Guérisseur)" qui peuvent exercer sans diplôme médical officiel. D'un autre côté, on trouve, en Belgique ou au Royaume-Uni, des pays où le métier est reconnu, avec des formations spécifiques et des diplômes homologués.
De nos jours, plusieurs initiatives visent à réhabiliter ce métier, avec des propositions de loi pour créer de nouveau un diplôme d'herboriste puisque les formations en herboristerie connaissent toujours une forte demande, sans être reconnues par l’État. Le débat se poursuit donc entre la nécessité de réintroduire cette profession toujours recherchée aujourd'hui et la nécessité d'assurer un usage sécurisé des plantes médicinales.
Prolonger la lecture dans le dictionnaire : Caducée- Morphinomanie
Références :
Ida Bost, Les herboristes au temps du certificat : (1803-1941), L’Harmattan, 2019
Anthony Iwan Puzo, La loi du 11 septembre 1941 : origine, contenu et conséquences sur la pharmacie actuelle, Thèse de pharmacie, dir. Bertrand Rihn, Université de Lorraine, 2016.
Pour citer cet article : Melanye Zirmi, "Herboristes", dans Hervé Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2025.