D’ANGERS David, Médaillon portrait de René Levasseur de la Sarthe, conventionnel né le 17 mai 1747, bronze, 15,3 cm de diamètre, 1831, Paris, Musée Carnavalet
C’est par sa Lettre de Maîtrise acquise en 1773 au Mans, faisant de lui un membre de la Communauté des chirurgiens de la ville, que nous pouvons retracer son parcours. Levasseur fit son apprentissage en chirurgie auprès de Pierre Devillier, maître-ès-arts en chirurgie, durant deux années, puis se rendit à Paris pour se perfectionner. Progressant rapidement, il y donna en 1770 son premier cours – remarqué – sur l’usage du forceps et du levier. Il fut ensuite nommé prévôt de François-Louis Solayrès de Renhac, un spécialiste des accouchements, dont le successeur n’est autre que Jean-Louis Baudelocque (1745-1810).
De retour au Mans en 1771 et parallèlement à sa carrière privée, il rédigea plusieurs rapports directement inspirés des orientations de l’Avis au peuple de Tissot (qu’il cite à plusieurs reprises) et qui furent adressés à la Société d’Agriculture locale, dans le but de créer une école publique et gratuite d’accouchement dédiée à la formation de sages-femmes. Les motivations éclairées, pédagogiques et utilitaristes, au service du bonheur et de la conservation de l’humanité, y figurent en bonne place. Cependant, n’ayant pas acquis sa maîtrise, il se heurta aux refus systématiques des administrations royales. L’ouverture de cours gratuits dès novembre 1772 se fit sans lui mais paradoxalement selon son projet. Ce ne fut qu’en 1791 que Levasseur fut appelé à y donner des cours d’accouchement grâce à l’appui des nouvelles autorités.
En 1775, il fut nommé vénérologiste afin de lutter contre la « dépopulation ». Il publia en ce sens un Avis sur le traitement populaire des maladies vénériennes (1776) se faisant le porte-parole des méthodes chimiques novatrices de Pierre Lalouette. Il rédigea en 1779, un Manuel des accouchemens dédié aux élèves en chirurgie et aux sages-femmes, guidé par un seul objectif : permettre d’apprendre « en peu de temps et facilement » les pratiques, à l’inverse des principaux ouvrages de l’époque. Il comprend 23 positions fœtales divisées – selon les repères pelviens, ou l’engagement du fœtus – en situations diverses, aboutissant à 180 stades différents d’accouchement. Ce travail fait montre d’une réelle supériorité sur les ouvrages de l’époque selon le Docteur Hervé. Mais ce manuel ne fut jamais publié, ni reconnu, alors que Levasseur en fit part au Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Chirurgie, un homme influent qui, après deux ans d’attente, lui révéla avoir égaré le livre désormais considéré comme dépassé.
Élu à la Convention Nationale, il interrompit ses activités médicales le temps de sa carrière politique qu’il reprit après sa libération fin 1795 de la forteresse de Besançon où il avait été incarcéré par la Convention thermidorienne. Rentré au Mans fin 1796, après avoir été médecin à l’hôpital militaire de Dijon, il put cumuler, avec l’appui des autorités locales jacobines, divers postes : officier de santé aux hospices du Mans en 1798, professeur du cours d’accouchement en 1799, etc.
Pédagogue obstiné, il présenta en octobre 1800 à l’Institut national des sciences et arts, un mannequin d’accouchement en gomme élastique donnant lieu à un rapport prônant sa généralisation. Celui-ci pouvait renfermer un fœtus de neuf mois dans une matrice élastique, dont la capacité augmente à volonté, et contenant elle-même de l’eau destinée à représenter l’amnios. Deux diaphragmes élastiques simulent le col de l’utérus, et le périné ainsi que la vulve. Sous pression humaine, l’eau de l’amnios s’échappe et la tête du foetus s’engage, palliant ainsi l’archaïsme des mannequins de paille d’Angélique du Coudray.
Progressivement évincé de tous ses postes – il ne s’était pas rallié au Consulat –, il s’exila dès fin 1815 doublement condamné en tant que régicide et acteur du régime libéral des Cent-Jours. Il fit commerce des mannequins, put donner des cours d’accouchement à l’Université de Louvain. Il publia en 1822 une Dissertation sur la symphyséotomie et sur l’enclavement, dans laquelle il réfutait les pratiques de Baudelocque. Il y défendait, suivant en cela « la nature », l’opération de la symphyse pubienne plus sûre face à la césarienne promue par ce dernier, et l’utilisation du levier qu’il perfectionna afin de faciliter le désenclavement.
Rentrant en France grâce à la Révolution de 1830, il mourut au Mans en septembre 1834, ce qui fit dire au Docteur Horn dans le Paris Médical, numéro VI de 1912 qu’il eût figuré « vraisemblablement parmi les grandes figures médicales, si la politique ne nous l’avait pas enlevé ».
Prolonger la lecture sur le dictionnaire : Accouchement à l'hôpital- École de sages-femmes
Références :
Paul Hervé (Dr), « René Levasseur. Chirurgien accoucheur au Mans. Ancien Conventionnel (1747-1834) », in Archives médicales d’Angers, 1899, 1 vol., 40p.
Daniel Jouteux, Biographie de René Levasseur de la Sarthe, tome 1 : 1747-1793, Le Mans, Edition de la SARF, 2020.
Pour citer cet article : Aristide Marc, « René Levasseur » dans H. Guillemain (dir), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2024.