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Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Anne Sexton (1928-1974)

Anne Sexton. © Cywa.

La vie et l’œuvre d’Anne Sexton témoignent de la prise en charge psychiatrique entre 1956 et 1974.

 

   Anne Sexton est une autodidacte qui n’a pas fréquenté l’université. À l’âge de 18 ans, elle écrit ses premiers poèmes pour publication dans le journal du lycée mais sa mère l’accuse à tort de plagiat et Sexton renonce à l’écriture. Devenue femme au foyer dans une banlieue cossue du Massachusetts, elle fait une dépression après la naissance de sa deuxième fille et est hospitalisée deux fois en 1956 en raison de pulsions suicidaires et d’une tentative de suicide aux barbituriques qu’elle appellera toute sa vie ses « pilules tueuses ». Elle entretiendra d’ailleurs une addiction aux somnifères. Marquée par l’alternance de phases dépressives et de phases maniaques, la vie de Sexton est ensuite jalonnée d’hospitalisations.

 

   Lors de ses premières admissions en 1956, des médecins relèvent les symptômes d’une schizophrénie mais Martin Orne diagnostique une « hystérie classique » en vertu de laquelle Sexton développerait des symptômes par mimétisme. Il la fait donc transférer dans un hôpital où elle ne côtoie pas de schizophrènes. De son côté, Sexton s’approprie ce diagnostic moins angoissant pour elle que celui d’une psychose.

 

    Orne met aussi en place des entretiens quasi-quotidiens avec Sexton, refusant l’administration d’électrochocs majoritairement pratiquée par ses collègues. Des tests dont celui de Rorschach sont réalisés. Orne y décèle un potentiel créatif et il encourage sa patiente à développer ces capacités grâce à l’écriture. Le but recherché n’est pas que Sexton utilise la psychothérapie à des fins artistiques mais que la pratique de l’écriture lui apprenne à se connaître et génère une estime de soi. Sexton adhère à la démarche, lit Freud. Elle se saisit de la psychanalyse et l’utilise, parfois approximativement, pour interpréter et ordonner son désarroi. De son propre aveu, le transfert qui s’opère en psychothérapie et les encouragements du psychiatre lui font oublier la réprobation maternelle et stimulent l’écriture, la poussant à lire et à regarder les émissions éducatives proposées par la télévision. Un soir, la diffusion d’un cours sur le sonnet est une révélation : Sexton trouve sa vocation et décide de devenir poète.

 

   Sa poésie est associée au mouvement « confessionnel », du terme anglais « confessional », apparu à la fin des années cinquante aux États-Unis. Reposant sur la mise à nu de l’intimité personnelle et familiale de poètes en proie à la maladie psychiatrique, ce courant est fortement influencé par les théories de Freud et les premières études critiques le rapprochent de la cure psychanalytique ou de l’art-thérapie. L’œuvre de Sexton évoque la dépression, les pulsions suicidaires, les phases maniaques, la catalepsie… La maladie psychiatrique et l’hospitalisation sont des thèmes centraux dès le premier livre publié en 1960 : To Bedlam and Part Way Back (sur l'institution de Bedlam voir la notice dédiée). Explorant la culpabilité engendrée par la folie, les recueils décrivent l’hospitalisation comme une humiliation déshumanisante tout en témoignant d’une relation complexe avec la thérapie et les soignants : dépendance, honte, relation filiale ou amoureuse…La folie coupable apparaît comme une malédiction ancrée dans l’histoire familiale dont il est impossible de s’extraire, la psychothérapie et l’écriture participant d’une confession dont l’œuvre constate l’échec.

 

   Par son art, Sexton contribue à porter les souffrances psychiatriques dans l’espace public. Le contenu autobiographique de ses poèmes suscite de nombreuses lettres de malades qui s’identifient à ses locutrices et la remercient. Ses lectures publiques suscitent un engouement. Mais l’écrivaine qui souffre d’agoraphobie finira par détester ces événements et le masque de la femme exposant sa vie personnelle. À la fin de sa vie, elle ne peut monter sur scène qu’en ayant bu de fortes doses d’alcool.

 

   Loin de l’enthousiasme engendré par les conseils du psychiatre en 1956, la poésie ne réussit pas à contrecarrer l’impact délétère de la maladie chez Sexton dont la relation avec les soins s’avère chaotique. En 1964, une hospitalisation introduit un traitement médicamenteux. On lui prescrit d’abord un antidépresseur, le Trofanil, puis de la Thorazine qui s’avère assez efficace mais dont elle suspendra fréquemment la prise, notamment parce que le médicament est incompatible avec l’exposition au soleil. Cette même année, Orne part enseigner en Pennsylvanie. Le médecin et sa patiente décident alors de poursuivre des entretiens épisodiques doublés d’une prise en charge régulière par un nouveau psychiatre, Ollie Zweizung. Mais Sexton vit avec celui-ci une liaison désastreuse. À partir de 1972, elle ne prend plus de Thorazine, reprochant au médicament d’entraver sa créativité. Toutefois, elle fait une overdose en 1974. Quelques mois plus tard, elle met fin à ses jours en s’empoisonnant au monoxyde de carbone dans sa voiture après avoir revêtu le manteau de sa mère.

 

    Dans les années 80, Orne confie les enregistrements de ses entretiens avec Sexton à sa biographe, Diane Middlebrook, suscitant une controverse.

 

Prolonger la lecture dans le dictionnaire :Hystérie féminine- Schizophrenie- Bedlam

 

Laurence Bécel, Le Mans Université, laboratoire TransCrit Paris 8

Références

Anne Sexton, Anne Sexton: A Self-Portrait in Letters, Linda Gray Sexton et Lois Ames (dir.), Houghton Mifflin, 1991.

Diane Middlebrook, Anne Sexton, a Biography, Random House, 1992.

 

Pour citer cet article : Laurence Bécel, "Anne Sexton (1928-1974) dans H. Guillemain, DicoPolHiS, Le Mans Université, 2025.