
Créé à l’initiative de Joseph Béghin, en 1932, le Comité d’études d’hygiène et d’utilisation des produits agricoles se voue à l’accroissement de la consommation métropolitaine de saccharose. Réaction de l’industrie au Plan Chadbourne, un plan international visant à la réduction de la quantité de saccharose disponible sur le marché mondial en limitant les exportations mais non la production, le Comité d’études peut s’interpréter comme la première ébauche du lobby du sucre en France.
Communications à destination des sportifs, incursions dans le milieu enseignant, discours centrés sur la ménagère, composent les grands axes de la promotion du sucre de l’époque. Stoppé par la Seconde Guerre mondiale, le Comité d’études est mis en dormance, l’industrie sucrière priorisant la sauvegarde de ses installations. Remis sur pied, en 1951, sous le nom de Comité d’études d’informations et de propagande pour l’utilisation du sucre, il s’agit d’abord et avant tout pour l’industrie sucrière d’éduquer le public à la consommation du sucre, en façonnant des habitudes de consommation.
Des actions de fonds, telle la publicité de presse, et des actions ponctuelles, telles des expositions itinérantes, sont utilisées de conserve. Afin de sensibiliser davantage le public au produit sucre, l’industrie sucrière décide de la création du Cédus en 1955. Passant d’un comité de propagande à un centre d’études, il s’agit moins d’informer que d’éduquer la population au goût sucré. Le Cédus est ainsi chargé de la promotion du sucre au bénéfice de l’ensemble de la filière sucre, mais aussi des industries utilisatrices de sucre.
Pour cela, il utilise les trois noyaux durs du lobbying que sont les actions sur le monde politique, les actions sur le monde scientifique et les actions de communication, qui sont toutes actions tournées vers le public. Se retrouvent ainsi dans son fonctionnement, des mécaniques utilisées par d’autres lobbys, notamment celui du tabac. L’utilisation de la science, le sponsoring sportif, le ciblage de catégories stéréotypées de la population, font ainsi partie de leur arsenal.
Concernant les actions sur le monde politique, il s’agit pour le Cédus d’organiser des rencontres plus ou moins informelles afin de véhiculer une bonne image du sucre auprès des décideurs, à l’occasion de salons, d’expositions, mais aussi, d’invitations données pour célébrer la participation du Cédus à des évènements. En outre, ses actions sur le monde scientifique concourent à brouiller les pistes sur les implications du sucre dans certaines maladies. Par exemple, la carie dentaire – qui est pourtant démontrée comme une pathologie liée à la consommation de sucre depuis les années 1950 – devient dans le discours du Cédus, une maladie d’abord et avant tout bactérienne. Les solutions qu’il évoque pour lutter contre, visent par ailleurs à faire peser la responsabilité de sa survenue sur l’individu (sillons dentaires trop profonds qu’il faut combler, hygiène bucco-dentaire douteuse qu’il faut donc améliorer, émail trop fragile qu’il faut renforcer par un vernis, apports en fluor insuffisants) sans proposer la réduction des apports sucrés. Il se dote notamment d’un médecin conseil dans les années 1960, missionné pour servir d’intermédiaire entre le Cédus et le monde médical. En 1976, son département scientifique évolue en Institut Benjamin Delessert, toujours en activité aujourd’hui.
Publicité sous forme d’affiches, de spots télévisuels, de communiqués radiophoniques, mais aussi, participation à l’élaboration de livres de recettes de cuisine, publications à destination de différents publics, sponsoring sportif, sponsoring évènementiel, immixtion dans le milieu infantile, composent quelques-unes des actions de communication du Cédus.
De même, en tant qu’organisme de promotion du sucre, il est très attentif à l’image véhiculée par d’autres sociétés de son produit. C’est, par exemple, la société Orangina Schweppes Holdind qui en fait les frais en 2007, pour sa publicité télévisuelle de 2003 mettant en scène des morceaux de sucre fort mal accueillis à l’entrée d’une boîte de nuit pour gens « légers ».
Actions dans les écoles, parrainage sportif, usage de la science, enrôlement de médecins, de chercheurs, ciblage de catégories particulières de la population, proximité avec le milieu politique, publicités, volonté d’une éducation du public aux propriétés du sucre, … le Cédus possède bien les caractéristiques d’un lobby. Il est bien le lobby du sucre en France.
En avril 2019, le Cédus est remplacé par Cultures Sucre pour mieux répondre aux exigences sociétales en matière de santé actuelles.
Prolonger la lecture dans le dictionnaire : Sucre- Lobby - Édulcorants de synthèse
Références :
Amandine Dandel. 2025. Goût et dégoût des douceurs. Une histoire du lobby du sucre en France (années 1930-années 1990). Thèse de doctorat en histoire contemporaine. Le Mans : Le Mans Université.
Stéphane Horel, Lobbytomie. Comment les lobbies empoisonnent nos vies et la démocratie, Paris, La Découverte, 2018.
Pour citer cet article : Amandine Dandel, "Le Cédus", dans H. Guillemain (dir.), DicoPolHiS, Le Mans Université, 2025.