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Dictionnaire Politique d'Histoire de la Santé

Mont-dore

Estampe représentant la station thermale du Mont-Dore en 1904. Source : Bibliothèque nationale de France, Gallica, domaine public.

Station thermale du Massif central, le Mont-Dore constitue au XIXe siècle un exemple singulier d’établissement thermal : l’intervention publique et l’orientation thérapeutique priment sur la logique mondaine qui caractérise d’autres stations françaises.


   Située dans les pentes du massif du Sancy, au Puy-de-Dôme, la station thermale du Mont-Dore occupe une place singulière dans l’histoire du thermalisme français du XIXe siècle. Bien que connues depuis l’Antiquité, avec des vestiges de thermes gallo-romains, et malgré une tentative d’aménagement lancée à la fin du XVIIIe siècle mais avortée par la Révolution, ses sources n’obtiennent une reconnaissance institutionnelle qu’au début du XIXe siècle lors de l’essor du thermalisme en France. En effet, l’État acquiert les installations existantes et engage, dès 1806, une transformation de la station afin de l’intégrer durablement à l’ensemble des établissements thermaux reconnus à l’époque. Le projet est confié à l’architecte Louis-Charles Ledru, qui entame des travaux de 1817 à 1832 dans le style néo-classique. De nouveaux travaux sont actés au cours du XIXe siècle, tel que l’expansion des thermes en 1840 par Ledru et qui sera reprise par son fils Agis-Léon en 1845, le développement urbain dans la seconde moitié du siècle, ou encore un nouvel agrandissement des thermes de 1888 à 1894 par Emile Camut.

 

   Entre 1812 et 1832, un vaste établissement thermal est édifié à l’emplacement des anciens thermes antiques. Conçu selon un plan monumental inspiré des modèles antiques, il répond aux exigences nouvelles d’hygiène, de surveillance médicale et de rationalisation des pratiques de cure. L’architecture, marquée par un plan basilical et de larges galeries couvertes, a deux vocations : d’une part canaliser les flux de curistes, d’autre part rappeler la présence historique des eaux thermales de la station. Au fil du XIXe siècle, l’établissement connaît plusieurs phases d’agrandissement destinées à absorber une fréquentation croissante. Parmi les différents aménagements réalisés peuvent être cités la spécialisation des salles de bains (bains chauds, douches liquides, douches de vapeur, bains de pieds, etc…), la rationalisation des circuits de soins (organisation des thermes, surveillance médicale et administrative des curistes), ou encore l’élargissement des espaces pour répondre à l’augmentation du nombre de curistes. Certains guides d’époque, comme Le Mont-Dore thermal de 1802 à 1891 paru en 1890, attestent les recommandations des médecins dans le traitement des maladies touchant à la gorge ou à la poitrine. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de médicalisation de la cure thermale, comme dans les autres stations thermales à cette époque : prescriptions, règlements et contrôles encadrent les usages des eaux, tandis que la présence médicale devient un élément structurant de l’activité thermale. Les eaux du Mont-Dore sont alors réputées pour le traitement des affections rhumatismales, digestives et respiratoires, attirant une clientèle variée.

 

   La trajectoire du Mont-Dore se distingue cependant de celle d’autres stations thermales, qui connaissent au XIXe siècle un développement marqué par le tourisme mondain. Des stations telles que Vittel, Évian ou Plombières-les-Bains deviennent progressivement des lieux de villégiature fréquentés par les élites : casinos, promenades et hôtels de luxe y occupent une place centrale. Au contraire, la station du Mont-Dore est durablement marquée par l’intervention des pouvoirs publics. Les autorités locales et départementales jouent un rôle central dans le financement, l’entretien et l’administration des thermes. Les choix effectués par les autorités publiques se traduisent par une attention particulière portée à l’accessibilité sociale de la cure : des dispositifs spécifiques permettent l’accueil des curistes les plus pauvres, notamment à travers un hospice thermal et la gratuité de l’accès, tandis que les tarifs et l’organisation des soins limitent la transformation de la station en lieu mondain réservé aux élites. Ainsi, le Mont-Dore conserve ainsi une image de station thérapeutique avant d’être une station de villégiature.

 

   L’essor thermal transforme néanmoins profondément le village. L’espace urbain se réorganise autour du quartier thermal : hôtels, pensions, logements pour curistes et infrastructures de circulation se développent progressivement. L’amélioration des voies de communication, puis l’arrivée du chemin de fer dans la seconde moitié du siècle, renforcent l’attractivité du site et favorisent une fréquentation facilitée, plus régulière et plus diversifiée. La station du Mont-Dore devient un lieu de sociabilité où se rencontrent médecins, malades et populations locales, dans un cadre structuré par les rythmes de la cure.

 

   Comparée à d’autres stations thermales françaises, notamment celles qui émergent ou se transforment plus ou moins à la même période (tournant des XIXe et XXe siècles), la station du Mont-Dore semble moins tournée vers la mise en spectacle du loisir et davantage ancrée dans une logique sanitaire et territoriale. Cette spécificité propre au Mont-Dore permet d’observer la manière dont le thermalisme peut fonctionner comme un espace mêlant médecine institutionnelle, pratiques de soin alternatives et politiques publiques de santé. À ce titre, le Mont-Dore constitue un observatoire privilégié des relations entre santé, aménagement du territoire et action publique dans la France du XIXe siècle.

 

Prolonger la lecture dans le dictionnaire : Vittel- Dolé-les-Bains- Evian

 

Alexandre Levacher - Le Mans Université

Références : 

 

Olivier Faure, Aux marges de la médecine, Presses universitaires de Provence, 2015.

 

Marie-Ève Férérol, « Naissance et développement de La Bourboule : ville thermale neuve française exemplaire », Espaces et sociétés, 2012/3 n° 151, 2012. p.49-67.